Financement des énergies fossiles : les banques françaises réduisent leurs investissements, sauf la Société Générale
Financement des énergies fossiles : les banques françaises réduisent leurs investissements, sauf la Société Générale

Les principales banques françaises ont poursuivi en 2025 leur mouvement de réduction des financements accordés aux énergies fossiles. Selon le rapport annuel publié par l’ONG Reclaim Finance et consulté par franceinfo et France Inter, les investissements cumulés de BNP Paribas, Crédit Agricole, Groupe BPCE et Société Générale dans le secteur sont passés de 18 milliards de dollars en 2024 à 16 milliards de dollars en 2025. Une baisse qui traduit une évolution progressive des stratégies bancaires face aux enjeux climatiques, même si les montants engagés restent particulièrement élevés.

Malgré cette diminution, la France demeure le sixième pays au monde en matière de financement des énergies fossiles. Les organisations environnementales soulignent que le secteur bancaire continue de jouer un rôle majeur dans le soutien aux infrastructures pétrolières et gazières, alors même que les scientifiques alertent sur la nécessité de réduire rapidement l’exploitation des hydrocarbures pour respecter les objectifs climatiques internationaux.

La Société Générale fait figure d’exception

Au sein du paysage bancaire français, la Société Générale se distingue nettement des autres établissements. D’après les données compilées par Reclaim Finance, la banque représente à elle seule plus de la moitié des financements français accordés aux énergies fossiles en 2025 avec 9,4 milliards de dollars investis. Le rapport souligne notamment une augmentation significative de son soutien aux infrastructures de transport pétro-gazier ainsi qu’aux centrales électriques fonctionnant au gaz.

L’ONG pointe également le rôle majeur joué par la banque auprès de TotalEnergies, dont elle demeure l’un des principaux partenaires financiers. Les auteurs du rapport estiment que certains projets soutenus restent incompatibles avec les trajectoires de réduction des émissions de gaz à effet de serre nécessaires pour contenir le réchauffement climatique à 1,5°C.

Les autres groupes bancaires en recul

À l’inverse, BNP Paribas, Crédit Agricole et Groupe BPCE ont poursuivi leurs efforts de réduction des financements liés aux énergies fossiles. En 2025, BNP Paribas a consacré 3,93 milliards de dollars à ce secteur, tandis que Crédit Agricole et Groupe BPCE ont respectivement financé 5,61 milliards et 5,62 milliards de dollars de projets liés aux hydrocarbures.

Une part importante de ces financements concerne les infrastructures de transport, notamment les oléoducs, gazoducs et terminaux d’exportation. Ces équipements constituent aujourd’hui l’un des principaux sujets de préoccupation des ONG environnementales, qui considèrent qu’ils verrouillent la dépendance mondiale aux énergies fossiles pour plusieurs décennies.

Des banques qui défendent leur stratégie climatique

Face aux critiques, la Société Générale rappelle que son exposition aux énergies fossiles a diminué de manière continue depuis plusieurs années. Dans une réponse adressée à France Inter, l’établissement affirme que les chiffres avancés par Reclaim Finance ne reflètent pas pleinement la trajectoire de réduction engagée depuis 2019. La banque met également en avant sa position parmi les principaux financeurs mondiaux de projets d’énergies renouvelables.

L’établissement assure respecter son objectif de réduction de 80 % de ses financements aux secteurs pétrolier et gazier d’ici à 2030. Les banques françaises soulignent plus largement leur volonté d’accompagner la transition énergétique tout en continuant à financer certains secteurs jugés stratégiques pour l’économie mondiale.

Une tendance mondiale toujours préoccupante

Si la situation française montre quelques signes d’amélioration, le constat demeure plus préoccupant à l’échelle internationale. Selon Reclaim Finance, les 65 plus grandes banques mondiales ont augmenté de 8 % leurs financements aux énergies fossiles en 2025 par rapport à l’année précédente. Au total, près de 906 milliards de dollars ont été injectés dans l’industrie pétrolière, gazière et charbonnière.

Plus de la moitié de ces sommes ont bénéficié à des entreprises développant de nouveaux projets d’exploration ou d’exploitation. Pour les ONG environnementales, cette dynamique reste incompatible avec les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris et risque de compromettre les efforts mondiaux de lutte contre le changement climatique.

Un débat qui reste au cœur de la transition énergétique

La publication de ce rapport relance une nouvelle fois le débat sur le rôle du secteur financier dans la transition écologique. Pour les associations de défense de l’environnement, la baisse observée en France démontre qu’une réduction des financements fossiles est possible. Elles estiment toutefois que le rythme actuel demeure insuffisant au regard de l’urgence climatique.

Les banques, de leur côté, rappellent que la transformation du système énergétique mondial nécessite des investissements massifs et progressifs afin de garantir la sécurité des approvisionnements tout en développant les énergies bas carbone. Entre impératifs économiques, sécurité énergétique et objectifs climatiques, le financement des énergies fossiles reste ainsi l’un des sujets les plus sensibles de la finance mondiale.

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