Le troisième baromètre de Cybermalveillance.gouv.fr dresse un tableau préoccupant : 45 % des Français déclarent avoir été informés d’une compromission de leurs données personnelles cette année, soit une hausse de quinze points en un an.
La progression est brutale. En l’espace d’un an, la proportion de Français ayant reçu une notification de fuite de données est passée de 30 % à 45 %, selon le baromètre annuel publié par la plateforme nationale Cybermalveillance.gouv.fr, réalisé avec le groupe Ipsos. Concrètement, les informations personnelles de près d’une personne sur deux se sont retrouvées exposées, revendues ou exploitées par des acteurs malveillants.
Pour les spécialistes de la plateforme, cette explosion n’est pas le fruit du hasard. La cybercriminalité s’est progressivement structurée autour d’un marché souterrain de la donnée compromise, désormais décrit comme particulièrement organisé et lucratif. Ces stocks de données volées alimentent à leur tour une autre menace : le hameçonnage, qui reste la principale forme d’attaque visant les particuliers. Les escrocs s’appuient sur les informations dérobées pour concevoir des messages frauduleux d’une crédibilité redoutable, qu’il s’agisse de courriels, de SMS ou d’appels téléphoniques.
Face à ces alertes, une partie des victimes a réagi. Parmi celles ayant été prévenues d’une compromission, 59 % affirment avoir renforcé leur vigilance face aux sollicitations numériques inconnues, plus de la moitié ont modifié leurs mots de passe et environ la moitié ont accru la surveillance de leurs comptes bancaires. Des réflexes utiles, que Jérôme Notin, directeur général de Cybermalveillance.gouv.fr, juge néanmoins insuffisants à l’échelle nationale. « Ne rien faire après une violation de données, c’est laisser une porte ouverte sur sa vie numérique », a-t-il déclaré, appelant à passer « d’une simple prise de conscience à une véritable culture de l’action ».
Le baromètre met en lumière une tension paradoxale : les Français sont globalement mieux informés sur les risques, puisque 79 % savent aujourd’hui ce qu’est le piratage informatique contre 72 % en 2024, et 72 % connaissent l’arnaque au faux conseiller bancaire contre 59 % deux ans plus tôt. Pourtant, le sentiment d’être suffisamment armé pour se protéger recule : seuls 55 % des répondants s’estiment bien informés sur la cybersécurité, contre 63 % l’année précédente. « Si les Français semblent toujours mieux identifier les cybermalveillances, les résultats 2026 montrent à l’opposé que, face à ces menaces, les besoins d’accompagnement augmentent », résume Jérôme Notin.
Pour combler ce déficit, Cybermalveillance.gouv.fr prévoit une campagne nationale de sensibilisation dans le cadre du Cybermois, opération annuelle adossée au Cybersecurity Month européen qui se tient chaque octobre. Cette initiative s’inscrit dans un contexte de mobilisation plus large des pouvoirs publics : le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé à ses ministres un « sursaut sur le volet cyber » avant la fin du mois de septembre, tandis que des ingénieurs spécialisés en intelligence artificielle ont été sollicités pour renforcer la sécurité des systèmes informatiques des ministères.

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