CULTURE

À Angeac-Charente, un cimetière de dinosaures géants émerveille les paléontologues

À Angeac-Charente, un cimetière de dinosaures géants émerveille les paléontologues
À Angeac-Charente, un cimetière de dinosaures géants émerveille les paléontologues

Ce n’était qu’un petit coup de pelleteuse en 2010. Mais à Angeac-Charente, un village discret de 400 habitants au sud d’Angoulême, il a ouvert la voie à l’un des plus spectaculaires gisements paléontologiques d’Europe. Seize campagnes de fouilles plus tard, les découvertes ne cessent de bouleverser les connaissances sur les dinosaures du début du Crétacé. Accroupis sous des bâches tendues pour se protéger du soleil, une dizaine de chercheurs scrutent méthodiquement le sol argileux. Chaque fragment de fossile dégagé du sol renvoie à un monde disparu il y a 140 millions d’années. Les dernières trouvailles ? Plusieurs fémurs géants appartenant à des sauropodes – ces immenses herbivores quadrupèdes, cousins du célèbre diplodocus. Certains os pèsent jusqu’à 90 kg. Et cette année encore, l’équipe a exhumé deux squelettes presque complets appartenant à deux espèces distinctes : l’une, du groupe des camarasaures, l’autre, un turiasaure, tous deux jusqu’ici inconnus.

Un site qui bouscule la chronologie

Le mystère s’épaissit lorsque les scientifiques réalisent que l’un des spécimens date du Jurassique supérieur… alors que le site est clairement daté du Crétacé, grâce à la présence de microfossiles d’algues spécifiques. Une énigme que les experts du Muséum national d’histoire naturelle tentent de résoudre : le dinosaure jurassique pourrait avoir été déplacé par une rivière, des millénaires après sa mort, puis déposé au-dessus du squelette du second. À chaque nouvelle campagne, la surface explorée s’étend : de quelques mètres carrés à l’origine, la zone de fouille atteint désormais 1 000 m². La richesse du site réside dans un triptyque rare : quantité, diversité et qualité exceptionnelle des fossiles. On y trouve des traces de dinosaures, de crocodiles, de tortues et de végétaux, parfois dans un état de conservation exceptionnel, comme figés dans le temps.

Entre science et transmission

Une fois extraits, les fossiles passent entre les mains expertes de Dominique Augier, surnommé « Doumé », préparateur autodidacte du musée d’Angoulême. Il les nettoie, les classe, les analyse et initie de jeunes volontaires à l’art de distinguer les vrais restes des faux amis. Le chantier scientifique est aussi devenu un chantier pédagogique. Des milliers de visiteurs s’y pressent chaque été, pour observer les paléontologues à l’œuvre, participer à des ateliers ou suivre les traces des reptiles géants en réalité virtuelle. BD, conférences et expositions prolongent l’expérience, faisant d’Angeac-Charente un lieu vivant de science partagée. Et pendant que les scientifiques s’attellent à nommer les deux nouvelles espèces, une chose est certaine : l’une d’elles portera dans son nom un hommage au village qui l’a vue renaître… Angeac.

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