Nouveau bouleversement pour les chaînes locales de BFM. Trois mois après avoir annoncé leur mise en vente, CMA Média, le groupe de Rodolphe Saadé, renonce finalement à céder son réseau de télévisions régionales, faute d’avoir trouvé une offre de reprise jugée suffisamment convaincante. La direction a décidé de conserver sept antennes, dont les programmes seront davantage consacrés à l’économie et aux entreprises. En revanche, deux chaînes, BFM Normandie et BFM DICI, sont promises à la fermeture.
Ce changement de stratégie, annoncé mercredi, a lieu alors que le groupe audiovisuel traverse une importante période de restructuration. Propriétaire de BFMTV, RMC, La Tribune et Brut, CMA Média entend désormais développer une nouvelle offre d’information économique régionale en s’appuyant notamment sur BFM Business et La Tribune.
Aucune offre de reprise jugée suffisamment convaincante
Le 24 juin dernier, CMA Média avait annoncé la mise en vente de ses neuf chaînes locales BFM, accompagnée d’un plan de départs volontaires. L’opération devait contribuer à un programme de réduction des dépenses de 20 millions d’euros, représentant environ 5% des coûts du groupe.
La direction souhaitait initialement privilégier des repreneurs locaux, estimant que ces derniers seraient mieux placés pour assurer la pérennité économique des antennes régionales. Plusieurs manifestations d’intérêt avaient été enregistrées pendant l’été, notamment de la part du groupe Nice-Matin, détenu par Xavier Niel, pour BFM Nice Côte d’Azur.
Fin septembre, CMA Média avait également envisagé une cession groupée de l’ensemble de son réseau, plutôt qu’une vente séparée des différentes antennes. Cette possibilité est désormais abandonnée.
Dans un communiqué interne diffusé mercredi, Claire Léost, directrice générale de CMA Média, explique qu’« aucune condition de reprise offrant des perspectives suffisamment solides et sécurisées pour l’activité et les équipes n’a été réunie ».
Le groupe a donc décidé de conserver une partie de ses chaînes et de procéder lui-même à leur transformation.
BFM Normandie et BFM DICI vont disparaître
Le nouveau projet prévoit une réduction du réseau, avec l’arrêt annoncé de deux de ses neuf chaînes : BFM Normandie et BFM DICI, cette dernière couvrant notamment les Alpes du Sud et la Haute-Provence.
Sept antennes doivent en revanche être conservées : BFM Lyon, BFM Marseille Provence, BFM Grand Lille, BFM Grand Littoral, BFM Toulon Var, BFM Nice Côte d’Azur et BFM Alsace.
Cette réorganisation constitue un changement important par rapport au projet initial, qui envisageait de céder l’intégralité du réseau. Elle entraîne toutefois la disparition programmée de deux télévisions régionales et soulève de nouvelles interrogations concernant l’avenir de leurs salariés.
La date précise de fermeture des deux chaînes n’a pas encore été communiquée. La direction indique que le projet et ses conséquences sociales feront l’objet d’une procédure d’information et de consultation des représentants du personnel.
Une nouvelle orientation vers l’économie, en partenariat avec BFM Business et La Tribune
Pour les sept chaînes conservées, CMA Média annonce une transformation du modèle éditorial. L’objectif est de développer une information régionale davantage centrée sur l’économie, les entreprises et les mutations des territoires.
Cette nouvelle organisation doit notamment permettre de renforcer les collaborations avec BFM Business et La Tribune, deux médias appartenant également au groupe.
Claire Léost précise vouloir « maintenir une présence locale structurée autour de grands pôles territoriaux ». Le groupe prévoit ainsi de s’appuyer sur les compétences de ses journalistes régionaux pour produire une information économique territoriale.
Les modalités précises de cette transformation restent à déterminer. La direction n’a pas encore détaillé les nouvelles grilles de programmes, les éventuelles mutualisations entre rédactions ou les changements d’organisation qui pourraient accompagner ce repositionnement éditorial.
Un réseau confronté à d’importantes difficultés financières
La décision de CMA Média intervient après plusieurs années de difficultés pour les télévisions locales du groupe. Leur modèle économique repose notamment sur la publicité régionale et sur les investissements des collectivités territoriales, deux sources de financement qui se sont considérablement affaiblies.
En annonçant la mise en vente du réseau en juin, Claire Léost avait expliqué que le groupe ne parvenait pas à trouver un modèle économique viable pour cette activité.
La direction avait également évoqué la diminution de la durée d’écoute de la télévision traditionnelle et le transfert d’une partie croissante des investissements publicitaires vers les grandes plateformes numériques.
Le réseau BFM Locales avait déjà connu une première fermeture en mars 2025, avec l’arrêt de BFM Paris Île-de-France. L’abandon de la vente de ses neuf autres antennes ne permettra donc pas de préserver l’intégralité du dispositif régional.
Une restructuration qui avait provoqué une importante mobilisation des salariés
L’annonce de la mise en vente, le 24 juin, avait entraîné une mobilisation des journalistes et des autres salariés des antennes régionales. Les syndicats avaient lancé un mouvement de grève pour protester contre ce projet et réclamer des garanties concernant l’avenir des équipes.
Près de 80 salariés, sur un effectif d’environ 130 personnes, avaient participé à cette mobilisation. Le mouvement avait perturbé les programmes et empêché la diffusion de plusieurs journaux télévisés et émissions en direct.
Le nouveau projet devrait désormais ouvrir une nouvelle période de discussions sociales, avec la question du devenir des salariés des deux antennes promises à la fermeture et celle des conditions de transformation des sept autres chaînes.
Aucun bilan précis des éventuelles suppressions de postes liées à cette nouvelle organisation n’a encore été annoncé.
CMA Média poursuit son plan d’économies de 20 millions d’euros
Cette décision intervient alors que CMA Média poursuit une restructuration plus large de ses activités audiovisuelles et de presse.
Le groupe, propriété de CMA CGM, dirigé par Rodolphe Saadé, avait annoncé en juin vouloir réaliser 20 millions d’euros d’économies. Cette politique doit permettre de réduire les dépenses liées aux activités traditionnelles tout en réorientant une partie des investissements vers le sport, les créateurs de contenu et les réseaux sociaux.
En parallèle, le rapprochement entre La Tribune et BFM Business a lui aussi suscité des tensions sociales, notamment autour de la réorganisation des rédactions et des suppressions de postes envisagées.
La transformation des chaînes locales constitue désormais un nouvel élément de cette réorganisation générale. En renonçant à leur vente, CMA Média conserve une présence télévisuelle régionale, mais réduit son réseau et modifie son positionnement éditorial au profit de l’information économique.
Les prochaines étapes devront préciser le calendrier de fermeture de BFM Normandie et de BFM DICI, les conséquences sociales de ces décisions et les conditions dans lesquelles les sept autres chaînes poursuivront leurs activités.

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