POLITIQUE Institutions

Chlordécone : le Sénat reconnaît que l’État a failli. Mais pas tout à fait.

Chlordécone : le Sénat reconnaît que l’État a failli. Mais pas tout à fait.
Chlordécone : le Sénat reconnaît que l’État a failli. Mais pas tout à fait.

Jeudi 12 juin, la chambre haute a adopté une proposition de loi sur le scandale du chlordécone, ce pesticide hautement toxique utilisé pendant des décennies dans les bananeraies antillaises. Le texte, porté à l’origine par le député guadeloupéen Elie Califer et voté par l’Assemblée un an plus tôt, devait enfin acter une reconnaissance claire des responsabilités. Las : les sénateurs, majoritairement à droite, ont vidé le texte de ses formulations les plus fortes. D’un engagement plein et entier, on est passé à un engagement à moitié. L’Assemblée parlait d’une responsabilité directe de la République dans les préjudices subis par les populations antillaises. Le Sénat, lui, a préféré insérer la mention d’une « part » de responsabilité. Une nuance qui n’a rien d’anodin et que Califer dénonce comme un recul politique et symbolique. Même la rapporteure de la loi, pourtant socialiste, a défendu cette version édulcorée. Le gouvernement, par la voix de Manuel Valls, a tenté de rétablir la formulation d’origine. Refus catégorique de la majorité sénatoriale.

Un texte allégé, des promesses à confirmer

Ce n’est pas la première fois que le Sénat revoit à la baisse une tentative de reconnaissance. En avril déjà, une première proposition, déposée par le sénateur Dominique Théophile, avait été torpillée avant même d’atteindre l’hémicycle. Cette fois-ci, la PPL Califer a survécu, mais au prix de nombreuses amputations. Disparues, les mesures concrètes : plus de dénonciation des responsables politiques des années 1990, plus de campagnes de dépistage automatique, plus de surtaxe pour les industriels de l’agrochimie. Quant à l’indemnisation des victimes, elle reste pour l’instant cantonnée à quelques intentions vagues. Le Sénat a tout de même intégré le préjudice moral d’anxiété, mais l’a aussitôt effacé sous la pression du ministre. Pour les élus antillais, le symbole reste fort mais insuffisant. « Reconnaître, c’est bien. Indemniser, c’est mieux », résume Victorin Lurel. Le texte doit maintenant repasser devant l’Assemblée nationale. La route est encore longue, et les Antilles, elles, continuent d’attendre justice.

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