L’affaire a provoqué une onde de sidération dans le Val-de-Marne. Le 13 août, quatre corps avaient été retrouvés dans la Seine, à hauteur de Choisy-le-Roi. Un jeune homme sans-abri, âgé officiellement de 24 ans, a depuis été mis en examen pour meurtre aggravé. Les premiers éléments de l’enquête orientent désormais vers une hypothèse glaçante : celle d’un tueur en série, ayant ciblé ses victimes en raison de leur orientation sexuelle réelle ou supposée. Originaire du Maghreb, le suspect vivait depuis plusieurs mois dans un squat sur les berges de Seine, non loin du lieu où les corps ont été repêchés. Il parlait très mal français et évoluait dans une zone connue comme lieu de rencontres homosexuelles. Les enquêteurs, qui ont relevé dans son téléphone des traces d’un islam rigoriste proche du salafisme, explorent l’idée d’une haine née d’un conflit intérieur entre sa pratique religieuse et une possible homosexualité refoulée.
Des victimes liées au suspect et au même lieu
Deux des victimes, également sans domicile, faisaient partie de ses connaissances. Les enquêteurs envisagent qu’il ait pu s’en prendre d’abord à elles, avant de basculer vers des cibles inconnues, dans un engrenage meurtrier. Le parquet souligne que chacune des victimes peut être reliée au suspect au moment de leur disparition, et que toutes ont été découvertes dans le même secteur, à proximité d’un local abandonné fréquenté par des marginaux. Les autopsies confirment la violence des faits. Deux corps présentent des lésions compatibles avec une strangulation, un autre montre des marques suspectes encore inexpliquées. Au moins une victime a été retrouvée partiellement dénudée, ce qui laisse entrevoir un mobile sexuel que les enquêteurs ne peuvent écarter. Dans un cas, un rapport intime entre le suspect et sa victime est jugé plausible.
Un profil inquiétant, une enquête en cours
Le mis en examen, qui a gardé le silence pendant ses 96 heures de garde à vue, n’a pour l’heure fourni aucune explication sur son rôle dans les quatre homicides. Sa détention provisoire a été décidée alors que la PJ parisienne poursuit ses investigations pour préciser le mobile et vérifier l’existence d’autres faits similaires. Avec quatre victimes reliées entre elles et au suspect, les enquêteurs n’hésitent plus à employer le terme de « serial killer ». Le mobile homophobe, renforcé par le contexte des lieux de drague et par le profil idéologique du suspect, est désormais privilégié. Un faisceau d’indices qui dessine les contours d’un dossier hors norme, où se mêlent haine, sexualité et violence extrême.