CULTURE

C’était un 14 juin : Schliemann découvre le Trésor de Priam

C’était un 14 juin : Schliemann découvre le Trésor de Priam
C’était un 14 juin : Schliemann découvre le Trésor de Priam

Le 14 juin 1873, Heinrich Schliemann, archéologue autodidacte et aventurier passionné de l’Antiquité, annonce avoir mis au jour un fabuleux trésor sur la colline d’Hissarlik, en Turquie. Convaincu d’avoir retrouvé les vestiges de l’ancienne Troie chantée par Homère dans L’Iliade, il baptise cette découverte spectaculaire le « Trésor de Priam », du nom du légendaire roi de la ville assiégée par les Grecs. Cette découverte, qui mêle archéologie, mythe et ambition personnelle, va bouleverser l’histoire de la recherche historique… et faire le tour du monde.

Une découverte sous haute tension

Depuis 1871, Schliemann fouille sans relâche la colline d’Hissarlik, persuadé que Troie s’y cache sous des couches de terre millénaires. Le 31 mai 1873, après des mois de recherches acharnées, il découvre une cache contenant des milliers d’objets précieux : or, argent, cuivre, parures, armes et vases finement ouvragés. Il raconte l’avoir extrait lui-même au péril de sa vie, aidé par sa jeune épouse Sophia qui, dit-il, enveloppa les objets dans son châle pour les mettre à l’abri. Deux diadèmes, des boucles d’oreilles, des bracelets, des fibules, et plus de 8 000 petites perles composent ce trésor somptueux.

Mais la précipitation et l’exaltation prennent le pas sur la rigueur scientifique. Schliemann attribue aussitôt ce trésor à Priam, sans autre preuve que sa foi dans le récit homérique. Or, la datation révèle que les objets remontent à une période bien antérieure à la guerre de Troie telle que supposée par les chercheurs modernes — vers 2450 av. J.-C., soit près de 1 000 ans trop tôt.

Peu soucieux des règles et des autorisations, Schliemann fait sortir clandestinement le trésor de Turquie, ce qui lui vaudra une condamnation pour contrebande. Il devra verser une lourde amende à l’Empire ottoman et restituer une partie du butin. Le reste, cependant, entame un périple mouvementé à travers l’Europe.

De l’archéologie au mythe national

Refusé par le Louvre et le British Museum, le trésor trouve finalement sa place à Berlin, offert en 1881 « au peuple allemand ». Schliemann, désormais adulé, devient citoyen d’honneur de la capitale impériale. Le Trésor de Priam est exposé dans le prestigieux Museum für Völkerkunde, avant d’être mis à l’abri durant la Seconde Guerre mondiale. À la chute de Berlin, l’Armée rouge saisit les caisses contenant les pièces et les transfère secrètement à Moscou. Pendant près d’un demi-siècle, leur sort demeure inconnu.

Ce n’est qu’en 1991, avec l’ouverture des archives soviétiques, que le monde apprend que le trésor est conservé au musée Pouchkine. En 1996, la Russie le dévoile au public lors d’une exposition retentissante. Malgré les demandes répétées de restitution par l’Allemagne, le Trésor de Priam demeure à Moscou, considéré par les Russes comme une compensation légitime des pertes culturelles subies pendant la guerre.

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