Le mouvement MeToo, qui a émergé à la fin des années 2010, a profondément modifié la perception des violences sexistes et sexuelles en France. Depuis son essor dans la foulée de l’affaire Weinstein en 2017, les signalements ont considérablement augmenté, traduisant une libération de la parole des victimes. Pourtant, les chiffres officiels restent encore en deçà de la réalité, selon le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI).
En 2023, plus de 270 000 victimes de violences conjugales ont été recensées par les forces de l’ordre, contre 124 000 en 2016. Une majorité d’entre elles (85 %) sont des femmes, tandis que les hommes représentent 86 % des auteurs. Les violences physiques constituent les deux tiers des faits signalés, et leur prise en charge a évolué ces dernières années sous l’effet de la médiatisation du sujet. Pour la sociologue Christelle Hamel (Ined), cette hausse des plaintes s’explique par une meilleure prise de conscience collective : « Les victimes osent davantage parler, le seuil de tolérance à ces violences diminue et les proches sont plus enclins à écouter et à croire. »
Malgré cette progression, le dépôt de plainte reste un obstacle majeur. En 2022, seules 14 % des victimes ont engagé des démarches judiciaires, selon l’enquête Vécu et Ressenti en matière de Sécurité (VRS) du ministère de l’Intérieur. La difficulté à dénoncer un proche et la nécessité d’un accompagnement immédiat – notamment en termes d’hébergement d’urgence – freinent encore les déclarations.
Par ailleurs, une part importante des procédures judiciaires n’aboutit pas. En 2023, 43 % des plaintes ont été classées sans suite, contre 34 % en 2017. Les motifs principaux sont l’absence de preuves suffisantes, la qualification insuffisante des infractions ou encore la prescription des faits. Le ministère de la Justice souligne que le nombre de signalements concernant des faits remontant à plus d’un an a bondi de 200 % en six ans, rendant leur instruction plus complexe.
Malgré tout, les tribunaux sanctionnent plus sévèrement ces actes. En 2023, 93 % des mis en cause ont été condamnés, dont 87 % à des peines d’emprisonnement. Un total de 41 346 peines de prison a été prononcé pour violences conjugales, un chiffre en forte progression par rapport à 2017 (17 757). Un tiers des condamnations a abouti à une peine ferme, dont la durée moyenne est passée de 8,2 mois en 2017 à 9,3 mois en 2021.
Le drame des féminicides reste une réalité persistante. Selon la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof), chaque jour en France, au moins trois femmes sont victimes de tentatives de féminicide, de féminicide ou de « suicide forcé ». En 2023, 96 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint, tandis que 327 ont survécu à une tentative de meurtre. Par ailleurs, 774 femmes se sont suicidées ou ont tenté de le faire sous l’effet d’un harcèlement conjugal.
Si la justice condamne de plus en plus ces violences, le défi reste immense pour offrir une protection effective aux victimes et prévenir ces drames avant qu’ils ne surviennent.