En pleine mobilisation sociale, le gouvernement français se retrouve confronté à une défaillance inattendue dans sa surveillance des réseaux sociaux. Un changement de logiciel décidé en 2025 aurait considérablement réduit la capacité des autorités à identifier les vidéos virales sur TikTok. Une situation particulièrement embarrassante pour le ministère de l’Intérieur, alors que la plateforme est devenue l’un des principaux espaces de diffusion des appels à manifester. Les services chargés de la veille numérique se retrouveraient ainsi contraints de réagir tardivement à certaines publications, parfois plusieurs jours après leur apparition.
À l’origine de cette situation figure une décision du Service d’information du gouvernement (SIG). Jusqu’en 2025, le ministère de l’Intérieur utilisait Visibrain, une solution française spécialisée dans l’analyse des conversations sur les réseaux sociaux. Mais en juin de cette même année, le SIG a choisi de remplacer cet outil par Talkwalker, une solution développée par une entreprise d’origine canadienne et appartenant à des intérêts américains. L’argument économique aurait pesé dans cette décision, le nouveau logiciel étant présenté comme moins coûteux. Problème : ses performances seraient insuffisantes pour détecter efficacement certains contenus diffusés sur TikTok, notamment les vidéos connaissant une propagation rapide. Un arbitrage budgétaire qui soulève désormais des interrogations sur la pertinence des choix technologiques de l’administration.
Une économie budgétaire qui fragilise la veille numérique de l’État
Les conséquences de ce changement apparaissent particulièrement sensibles depuis les manifestations du 17 octobre 2026. Sur TikTok, plusieurs appels à la mobilisation avaient commencé à circuler dès septembre, parfois avec des millions de vues. Pourtant, les outils utilisés par les autorités n’auraient pas permis d’en mesurer correctement l’ampleur. Cette difficulté illustre les limites d’une veille numérique qui dépend autant de la qualité des logiciels que de leur capacité à suivre les évolutions permanentes des plateformes. Le ministère de l’Intérieur aurait renvoyé la responsabilité de cette situation au SIG, lequel aurait reconnu avoir demandé à Talkwalker d’améliorer ses performances. Au-delà des dysfonctionnements techniques, cette affaire pose également la question de la souveraineté numérique, alors qu’une solution française a été écartée au profit d’un prestataire étranger.
Cette défaillance intervient au moment où l’exécutif multiplie les initiatives pour encadrer les réseaux sociaux pendant les mouvements de contestation. Après les violences du 17 octobre, le gouvernement a notamment demandé aux plateformes de renforcer leurs dispositifs de modération. Mais la polémique autour de Talkwalker met en évidence une contradiction : les autorités souhaitent exercer une surveillance plus efficace des contenus potentiellement dangereux tout en disposant d’outils dont les limites sont désormais publiquement discutées. Il convient toutefois de distinguer les difficultés de détection des vidéos et leur rôle réel dans les violences. Une étude publiée début novembre, portant sur près d’un million de vidéos TikTok, n’a pas établi l’existence d’une coordination massive des actions violentes sur la plateforme. Pour le gouvernement, l’enjeu dépasse donc le simple remplacement d’un logiciel : il s’agit de retrouver une capacité d’analyse fiable, sans confondre mobilisation citoyenne, désinformation et incitation à la violence.









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