Plusieurs centaines de personnes meurent chaque année en France dans des lieux de privation de liberté sans qu’un décompte complet et consolidé soit rendu public. Dans deux avis publiés au Journal officiel, la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Dominique Simonnot, dénonce des lacunes importantes dans la traçabilité et l’analyse de ces décès. Le problème concerne aussi bien les prisons que les hôpitaux psychiatriques accueillant des patients sans leur consentement, mais également les locaux de police, de gendarmerie et les centres de rétention administrative. La CGLPL estime que les administrations ne disposent pas toujours d’une remontée d’information suffisante pour connaître précisément le nombre de morts, leurs causes et les circonstances dans lesquelles elles surviennent.
Le ministère de la Justice a recensé 275 décès en détention en 2025, dont 136 suicides. La CGLPL souligne que le taux de suicide dans les prisons françaises reste parmi les plus élevés d’Europe : 19,4 pour 10 000 détenus, contre une médiane européenne de 7,3. Le ministère affirme que ce taux, resté relativement stable depuis une quinzaine d’années, a légèrement diminué en 2024 et 2025. Il indique également qu’un travail est en cours sur la prévention du risque suicidaire, sans calendrier précis pour la publication de nouvelles recommandations. Entre 2022 et avril 2026, la Contrôleuse a par ailleurs relevé 24 détenus tués par des codétenus dans des établissements souvent marqués par une forte surpopulation.
Des soins parfois retardés et des décès mal documentés
L’accès aux soins constitue un autre point d’alerte. Jusqu’à un tiers des extractions médicales programmées pour des détenus gravement malades seraient annulées faute d’escorte disponible, ce qui peut retarder des examens ou des traitements essentiels. En psychiatrie, les carences sont encore plus difficiles à mesurer. La CGLPL reproche au ministère de la Santé de ne pas être capable d’indiquer précisément combien de patients meurent pendant ou à l’issue d’une hospitalisation sans consentement. Certains décès surviennent alors que les personnes sont placées à l’isolement ou sous contention, parfois avec une surveillance jugée insuffisante. Deux cas ont même été relevés dans lesquels aucune autopsie n’a été pratiquée malgré des circonstances inexpliquées.
La Contrôleuse demande donc que les données soient systématiquement collectées, analysées et rendues publiques par chaque ministère concerné. Elle recommande aussi d’en finir avec la contention en psychiatrie sans attendre l’échéance de 2030 fixée par le gouvernement. L’enjeu dépasse la seule transparence statistique : sans données précises et homogènes, il devient difficile de comprendre les causes des décès, d’identifier les dysfonctionnements et de mettre en place des politiques de prévention efficaces. Pour la CGLPL, la connaissance exacte de ces morts doit devenir une condition préalable à toute amélioration réelle des conditions de détention et de prise en charge.

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