La population carcérale française a atteint un nouveau sommet. Au 1er août 2026, 89 668 personnes étaient détenues dans les prisons françaises, un niveau qui n’avait encore jamais été enregistré. En un an, le nombre de détenus a progressé de 6,5%, tandis que les capacités d’accueil des établissements pénitentiaires n’ont augmenté que de 1,5%.
Ce nouveau record dépasse celui enregistré quelques semaines plus tôt et confirme une progression quasiment continue de la population carcérale. Au 1er mai, les prisons comptaient déjà 88 654 détenus, ce qui constituait alors un nouveau record de surpopulation carcérale. En janvier 2025, la France venait seulement de franchir la barre des 80 000 prisonniers, avec 80 669 détenus pour 62 385 places. En dix-neuf mois, les établissements pénitentiaires français ont donc accueilli près de 9 000 détenus supplémentaires.
89 668 détenus pour seulement 63 303 places
Face aux 89 668 personnes incarcérées, le parc pénitentiaire français ne disposait au 1er août que de 63 303 places opérationnelles. Le taux d’occupation moyen atteint ainsi 141,6%.
La situation est beaucoup plus tendue dans les maisons d’arrêt, qui accueillent principalement les personnes en attente de jugement et celles condamnées à de courtes peines. Leur carcérale approche désormais les 175%.
L’écart entre le nombre de détenus et les capacités disponibles ne cesse de se creuser. Au 1er janvier 2025, lorsque le seuil des 80 000 détenus avait été franchi, la densité carcérale nationale était de 129,3%. 16 établissements ou quartiers pénitentiaires affichaient alors une occupation égale ou supérieure à 200%.
Près de 8 000 détenus dorment sur des matelas au sol
La conséquence la plus spectaculaire de cette surpopulation se trouve directement dans les cellules. Au 1er août, 7 956 détenus étaient contraints de dormir sur des matelas installés au sol, faute de lits disponibles. Ce nombre a progressé de 43,5% en seulement un an.
Trois mois plus tôt, 7 693 détenus dormaient déjà sans lit. À cette date, 33 établissements ou quartiers pénitentiaires affichaient une densité supérieure à 200%.
À Toulouse-Seysses, les conditions de détention ont conduit à une saisine en urgence de la justice. Lors d’une visite effectuée au printemps 2025, 1 396 détenus étaient incarcérés pour seulement 743 places. Près d’un prisonnier sur trois dormait alors sur un matelas au sol, parfois dans des cellules accueillant trois personnes alors qu’elles avaient été conçues pour une ou deux.
Fleury-Mérogis : près de 5 100 détenus pour environ 2 800 places
La situation est également particulièrement difficile à Fleury-Mérogis, le plus grand centre pénitentiaire d’Europe. Cet été, la canicule a encore aggravé les conditions de détention dans cette prison déjà surpeuplée.
L’établissement accueillait près de 5 100 détenus pour environ 2 800 places, avec plus de 500 matelas installés au sol. Lors d’une visite parlementaire, des températures supérieures à 33°C ont également été relevées dans certaines cellules.
Cette surpopulation complique le respect de l’encellulement individuel et la séparation entre différentes catégories de détenus. Elle pèse également sur les conditions de travail des surveillants, l’accès aux soins, aux activités, aux formations et aux dispositifs de réinsertion.
Travail en prison : seulement quelques euros de l’heure pour certains détenus
Parmi ces dispositifs figure le travail carcéral. En juillet 2025, une enquête exclusive d’Entrevue consacrée au travail des détenus avait révélé les dessous de cette main-d’œuvre particulièrement bon marché.
Des photos prises dans un atelier pénitentiaire avaient montré que de nombreuses grandes marques avaient, au fil des années, eu recours au travail de prisonniers pour effectuer des opérations simples de conditionnement, de pliage, de collage ou de préparation de produits et de supports publicitaires. Hermès, Bulgari, Moët & Chandon, Martell, Renault, Citroën, Volkswagen, Audi, Seat, Canal+, SFR, TF1, Crédit Agricole, Lotus, HP ou encore Novartis figuraient notamment parmi les marques dont des produits ou supports avaient été confiés à des ateliers pénitentiaires.
Les rémunérations sont sans commune mesure avec celles pratiquées à l’extérieur. Depuis la réforme du travail pénitentiaire, le salaire minimal dépend de la nature du poste occupé. Pour certaines tâches simples, la rémunération peut représenter seulement une fraction du SMIC.
Dans cette enquête sur le travail en prison, un détenu avait notamment raconté son quotidien et les raisons qui poussent les prisonniers à accepter ces emplois malgré les faibles rémunérations. « En prison, tout est cher. Pour survivre, il vous faut un minimum de 200€ par mois, pour acheter des produits de première nécessité ou de la nourriture. Donc même si c’est mal payé, c’est mieux que rien, surtout pour les détenus qui n’ont ni famille ni amis pour les aider… »
Il dénonçait également les montants versés pour certaines tâches : « Le travail en prison est très mal payé. On est exploités. On est payés à peine plus de 2 euros de l’heure… »
Téléphones, trafics, violences : des établissements sous pression
La surpopulation ne constitue pas la seule difficulté rencontrée derrière les murs. Une autre enquête d’Entrevue sur la réalité des prisons françaises publiée en avril 2025 avait dévoilé des photos et documents montrant la présence de téléphones portables, de produits interdits et différentes dérives auxquelles les personnels pénitentiaires sont confrontés.
Cette enquête avait été réalisée alors qu’une série d’attaques visait plusieurs établissements pénitentiaires français. Des prisons situées notamment à Toulon, Marseille, Aix-en-Provence, Valence, Nanterre, Villepinte et Nîmes avaient été ciblées. Un groupe utilisant le sigle DDPF avait revendiqué plusieurs actions en affirmant défendre les droits des détenus.
Les surveillants doivent également travailler dans des établissements où la promiscuité augmente mécaniquement avec la population carcérale. Les tensions entre détenus, les agressions contre les personnels, les trafics et la circulation de téléphones constituent autant de difficultés supplémentaires pour l’administration pénitentiaire.
La prison de la Santé avait aussi révélé les énormes différences de conditions de détention
La surpopulation carcérale fait également apparaître d’importantes différences entre les conditions de détention. En octobre 2025, une infiltration en caméra cachée dans le « carré VIP » de la prison de la Santé avait permis de découvrir les cellules et les espaces réservés à certains détenus de cet établissement parisien.
Un prisonnier incarcéré dans un secteur classique avait alors comparé sa situation à celle des détenus disposant d’une cellule individuelle dans ce quartier particulier. Il expliquait partager une cellule de 9 m² avec trois autres personnes et déclarait : « Nous aussi, on aimerait avoir notre propre cellule, comme les détenus du carré VIP ! »
Une réalité qui prend une dimension particulière au moment où près de 8 000 personnes dorment sur des matelas posés au sol dans les prisons françaises.
De nouvelles prisons pour tenter de rattraper le retard
Pour augmenter les capacités d’accueil, l’État poursuit son programme immobilier pénitentiaire lancé en 2018, qui prévoyait initialement 15 000 places supplémentaires à l’horizon 2027. Mais les ouvertures ne suivent pas le rythme d’augmentation du nombre de détenus.
Au 23 juillet 2026, 25 établissements avaient été livrés, représentant 7 504 places brutes et 5 531 places nettes supplémentaires. Dans le même temps, la population carcérale a continué d’augmenter rapidement.
Plusieurs établissements restent en construction ou en préparation. En Seine-et-Marne, une nouvelle prison de 1 000 places doit notamment être construite à Crisenoy. Le projet représente environ 50 000 m² de surface de plancher et un budget annoncé de 250 millions d’euros. Le début des travaux est prévu en 2026 pour une livraison en 2028.
Le gouvernement compte également sur des établissements modulaires afin d’accélérer la création de nouvelles capacités. Mais chaque nouvelle livraison doit désormais être mise en regard de la progression extrêmement rapide du nombre de personnes incarcérées.
Près de 9 000 détenus supplémentaires en dix-neuf mois
Les chiffres résument à eux seuls l’ampleur du phénomène : 80 669 détenus au 1er janvier 2025, 88 654 au 1er mai 2026 et 89 668 au 1er août 2026. En dix-neuf mois, la population carcérale a donc augmenté de près de 9 000 personnes.
Les capacités pénitentiaires n’ont pas progressé au même rythme. Les conséquences sont désormais visibles dans une grande partie du système carcéral : cellules surchargées, milliers de matelas au sol, difficultés d’accès au travail et aux activités, pression accrue sur les surveillants et personnels pénitentiaires et établissements affichant des taux d’occupation très largement supérieurs à leur capacité théorique.
Avec 89 668 détenus pour seulement 63 303 places, les prisons françaises atteignent ainsi un niveau de surpopulation inédit. Et alors que le précédent record remontait seulement au printemps, la hausse de la population carcérale se poursuit plus rapidement que la création de nouvelles places.
