Cinq ans après le changement de nom de Facebook en Meta, le rêve de métavers porté par Mark Zuckerberg ressemble de plus en plus à un échec industriel et commercial. Horizon Worlds, la plateforme de mondes virtuels censée révolutionner les interactions sociales, n’a jamais réussi à s’imposer auprès du grand public. Malgré des investissements considérables, le groupe américain a été contraint de revoir sa stratégie, de supprimer des emplois et de réorienter ses efforts vers les lunettes connectées et l’intelligence artificielle. En mars 2026, Meta a même envisagé de retirer Horizon Worlds de ses casques de réalité virtuelle avant de revenir partiellement sur cette décision. Un revirement révélateur des difficultés rencontrées par un projet autrefois présenté comme l’avenir d’Internet.
En octobre 2021, Mark Zuckerberg annonçait une transformation historique de son entreprise. Facebook devenait Meta, avec l’ambition de construire un univers numérique immersif dans lequel les utilisateurs pourraient travailler, assister à des concerts, jouer ou retrouver leurs proches sous forme d’avatars. Horizon Worlds devait incarner cette nouvelle révolution technologique. Mais l’expérience a rapidement montré ses limites. Les graphismes rudimentaires, les avatars initialement dépourvus de jambes, le coût des casques de réalité virtuelle et le manque d’activités véritablement attractives ont freiné l’adoption de la plateforme. Malgré plusieurs mises à jour et des partenariats avec des artistes et des marques, Horizon Worlds n’a pas réussi à devenir un réseau social incontournable. Meta ne publie d’ailleurs pas de chiffre récent permettant de connaître précisément le nombre de ses utilisateurs actifs, ce qui rend difficile l’évaluation de son audience réelle.
Des pertes colossales et un changement de stratégie
Le bilan financier de Reality Labs, la division de Meta chargée notamment de la réalité virtuelle, de la réalité augmentée et des lunettes connectées, illustre l’ampleur du pari technologique. Selon les derniers résultats financiers publiés par le groupe, cette branche a enregistré une perte opérationnelle de 12,8 milliards de dollars sur les neuf premiers mois de 2026, dont 4,1 milliards pour le seul troisième trimestre. Meta prévoit désormais une perte annuelle comprise entre 18 et 19 milliards de dollars pour cette activité. Ces montants ne correspondent toutefois pas aux seules dépenses d’Horizon Worlds : ils englobent également le développement des casques Quest, des lunettes intelligentes et de plusieurs technologies expérimentales. Face à ces coûts, l’entreprise a engagé une restructuration de Reality Labs, accompagnée de suppressions de postes. En mars 2026, elle a annoncé la fin programmée de la prise en charge d’Horizon Worlds sur les casques Quest, avant de maintenir finalement un accès limité à certaines expériences en réalité virtuelle. La priorité est désormais donnée à une utilisation sur smartphone, jugée plus susceptible de toucher un public important.
Cette réorientation marque un changement majeur dans la stratégie de Mark Zuckerberg. Alors que le métavers devait devenir le successeur de l’Internet mobile, Meta concentre désormais une part croissante de ses investissements sur l’intelligence artificielle et les lunettes connectées, notamment celles développées avec Ray-Ban. Ces produits présentent un avantage considérable : ils peuvent s’intégrer aux usages quotidiens sans imposer aux consommateurs de porter un casque immersif. Horizon Worlds n’est pas officiellement abandonné, mais son repositionnement vers le mobile l’éloigne sensiblement de la vision initiale défendue en 2021. Le groupe doit désormais composer avec la concurrence d’autres plateformes sociales et univers de jeux, tout en cherchant à rentabiliser ses investissements technologiques. L’échec relatif d’Horizon Worlds rappelle surtout qu’une entreprise disposant de moyens financiers considérables ne peut pas imposer seule une révolution des usages. Pour Meta, le défi n’est plus seulement de construire le monde virtuel de demain, mais de convaincre les utilisateurs qu’ils ont réellement une raison de s’y rendre.









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