La société allemande Isar Aerospace a réussi à placer sa fusée Spectrum en orbite depuis le cosmodrome norvégien d’Andøya, une première pour un lanceur commercial privé décollant d’Europe continentale.
C’est une page d’histoire spatiale européenne qui s’est écrite depuis la Norvège. La fusée Spectrum, conçue par la start-up bavaroise Isar Aerospace, a atteint l’orbite terrestre après son lancement depuis le port spatial d’Andøya. « Nous sommes en orbite ! Et nous venons de faire l’histoire européenne : c’est la première fois qu’une fusée développée par le secteur privé atteint l’orbite depuis l’Europe continentale », a annoncé la société sur le réseau X.
Le ministère allemand de la Recherche, de la Technologie et de l’Espace a salué « une étape qui démontre de manière impressionnante la force d’innovation et l’expertise technique de notre pays ». Cette réussite intervient dix-huit mois après un premier tir infructueux, qui avait constitué le baptême raté du lanceur.
Spectrum est conçu pour emporter des charges utiles de petite et moyenne taille. À bord lors de ce vol figuraient cinq petits satellites ainsi qu’une expérience technologique embarquée. Isar Aerospace précise qu’il s’agissait à la fois d’une mission de qualification du véhicule et de son premier vol avec une charge utile réelle.
Le lancement s’inscrit dans un contexte de forte pression concurrentielle. L’an dernier, les États-Unis ont procédé à 198 tirs de fusées, contre seulement huit pour l’Europe. Isar vise une cadence de production d’environ 40 fusées par an. La société a déjà engrangé des commandes jusqu’en 2028, même si le lanceur n’est pas encore entré en production de série.
Spectrum est destiné à placer en orbite basse, à quelques centaines de kilomètres d’altitude, des satellites civils et militaires. Ses concurrents directs comprennent SpaceX, l’entreprise d’Elon Musk, et ArianeGroup, coentreprise franco-européenne entre Airbus et Safran, qui opère depuis la Guyane française.
En mars, le chancelier Friedrich Merz s’était rendu sur le site d’Isar pour afficher son soutien à l’autonomie spatiale européenne, dans un contexte géopolitique marqué par les revirements de l’administration Trump. La semaine dernière, l’Agence spatiale européenne (ESA) a accordé à la société 200 millions d’euros (232 millions de dollars) pour financer le développement de nouveaux lanceurs et l’extension de ses infrastructures. Isar travaille par ailleurs à l’aménagement d’un second site de lancement, cette fois au Canada.

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