SANTÉ

Climat : six mesures de l’OMS pourraient sauver 1,6 million de vies chaque année

Climat : six mesures de l'OMS pourraient sauver 1,6 million de vies chaque année
Climat : six mesures de l'OMS pourraient sauver 1,6 million de vies chaque année

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a présenté, mercredi 4 novembre 2026, six mesures qui pourraient éviter 1,6 million de décès par an dans le monde. De la prévention des canicules à l’amélioration de l’accès à l’eau potable, ces interventions permettraient également de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de générer des milliers de milliards de dollars de bénéfices économiques. Un rapport publié quelques jours avant l’ouverture de la COP31 en Turquie.

La lutte contre le changement climatique pourrait produire des bénéfices sanitaires considérables. Dans un nouveau rapport intitulé « Global benefits and costs of prioritized actions on climate change and health », l’Organisation mondiale de la santé estime que la généralisation de six interventions prioritaires permettrait d’éviter environ 1,6 million de décès chaque année. Ce chiffre représenterait près d’un décès sur quarante à l’échelle mondiale. L’étude, publiée mercredi 4 novembre, repose sur une modélisation des conséquences sanitaires, environnementales et économiques de ces mesures entre 2024 et 2075. L’OMS souligne que les solutions proposées reposent sur des technologies et des dispositifs déjà disponibles, dont le déploiement reste cependant insuffisant dans de nombreuses régions.

Les six mesures concernent plusieurs domaines essentiels à la santé publique. L’organisation recommande d’abord de développer les systèmes d’alerte sanitaire en cas de fortes chaleurs, afin de mieux protéger les populations vulnérables. Elle préconise également de renforcer l’accès à une eau potable résiliente face au changement climatique, de généraliser les services d’assainissement de base et d’améliorer les installations permettant le lavage des mains. La cinquième intervention vise à favoriser l’utilisation de combustibles et de technologies moins polluants pour la cuisson et le chauffage domestiques. Enfin, l’OMS appelle à mettre en place une tarification plus efficace des combustibles fossiles, notamment par la suppression des subventions jugées inefficaces et une fiscalité adaptée.

Des bénéfices sanitaires et économiques considérables

Selon les projections de l’OMS, la mise en œuvre mondiale de ces mesures pourrait générer 3 900 milliards de dollars de bénéfices économiques annuels, auxquels s’ajouteraient 5 400 milliards de dollars de recettes publiques supplémentaires. Ces estimations prennent notamment en compte la diminution de la mortalité, les gains de productivité et les effets environnementaux. L’organisation évalue également à 16,7 milliards de tonnes les émissions de dioxyde de carbone qui pourraient être évitées chaque année, soit l’équivalent d’environ 31 % des émissions mondiales annuelles de gaz à effet de serre, hors secteur de l’utilisation des terres et des forêts. Ces résultats constituent des projections et non des bénéfices déjà constatés.

Les politiques concernant les combustibles fossiles représenteraient la contribution la plus importante. À elles seules, elles pourraient prévenir 1,2 million de décès par an et générer 3 000 milliards de dollars de bénéfices économiques, ainsi que 5 400 milliards de dollars de recettes fiscales supplémentaires. L’OMS considère qu’une tarification tenant davantage compte des conséquences sanitaires et environnementales de ces énergies encouragerait la réduction des émissions polluantes. La pollution atmosphérique constitue en effet un facteur majeur de maladies cardiovasculaires et respiratoires. Toutefois, l’application de telles politiques soulève également des questions sociales, notamment sur leur impact pour les ménages modestes et les populations qui dépendent fortement des énergies fossiles.

Prévenir les canicules et améliorer les conditions sanitaires

Les systèmes d’alerte sanitaire face aux fortes chaleurs figurent parmi les interventions présentant le meilleur rapport entre les coûts et les bénéfices. Selon l’étude, chaque dollar investi dans ces dispositifs pourrait générer jusqu’à 835 dollars de bénéfices. Leur efficacité repose notamment sur la capacité des autorités à anticiper les épisodes de chaleur extrême, à informer les populations et à organiser des réponses adaptées. Les personnes âgées, les enfants, les travailleurs exposés à la chaleur et les personnes souffrant de maladies chroniques figurent parmi les groupes particulièrement vulnérables. Les alertes précoces peuvent notamment permettre d’adapter les horaires de travail, de renforcer les dispositifs d’accueil et de mobiliser les services de santé avant les périodes les plus dangereuses.

L’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène constitue un autre axe majeur du rapport. Dans de nombreuses régions du monde, les sécheresses, les inondations et les phénomènes météorologiques extrêmes fragilisent les infrastructures sanitaires et augmentent les risques de maladies liées à l’eau contaminée. L’amélioration des réseaux d’approvisionnement, la construction d’installations sanitaires adaptées et la généralisation du lavage des mains permettraient de réduire ces risques. L’utilisation de solutions énergétiques domestiques moins polluantes contribuerait également à limiter l’exposition aux fumées nocives produites par certains modes de cuisson et de chauffage. Selon l’OMS, les bénéfices de ces interventions seraient particulièrement importants dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, où les besoins sanitaires restent considérables.

Un appel aux gouvernements avant la COP31

L’organisation internationale insiste sur la rentabilité potentielle de ces investissements. Pour cinq des six mesures étudiées, chaque dollar investi pourrait générer en moyenne 24 dollars de bénéfices. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, rappelle que la crise climatique représente également une crise sanitaire et qu’une grande partie de ses conséquences peut être évitée grâce aux outils existants. L’institution appelle les gouvernements, les organismes de financement et les partenaires internationaux à intégrer davantage la protection de la santé dans leurs politiques climatiques. Elle reconnaît néanmoins plusieurs limites à son étude, notamment le caractère ambitieux des scénarios de déploiement, les incertitudes inhérentes aux projections à long terme et les lacunes de certaines données scientifiques.

La publication de ce rapport intervient à quelques jours de la COP31, organisée du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya, en Turquie. Cette conférence internationale doit permettre aux États de discuter de leurs engagements climatiques et des moyens nécessaires pour réduire les émissions tout en renforçant l’adaptation aux conséquences du réchauffement. L’OMS souhaite que les enjeux sanitaires occupent une place centrale dans les négociations. Au-delà de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’organisation défend une approche dans laquelle les politiques climatiques deviennent également des instruments de prévention des maladies et de réduction des inégalités. Les 1,6 million de vies potentiellement sauvées chaque année constituent ainsi une estimation des bénéfices possibles d’une action coordonnée à l’échelle mondiale.

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