C’est une annulation qui fait grand bruit dans le monde du théâtre. La municipalité RN de Castres, dans le Tarn, dirigée par Florian Azéma, élu en mars 2026, a décidé de déprogrammer Passeport, la pièce du metteur en scène franco-britannique Alexis Michalik, lauréat de cinq Molières, qui devait se jouer au théâtre municipal de la ville en février 2027. Le spectacle, porté sur scène par Kevin Razy, retrace le parcours d’Issa, un jeune migrant érythréen laissé pour mort dans la « jungle » de Calais, lancé dans une quête pour obtenir un titre de séjour. Un succès public indéniable : 750 dates à Paris depuis sa création en janvier 2024, et près de 80 en tournée. Le maire a justifié sa décision auprès de l’AFP en indiquant que « l’argent public des Castrais doit être dépensé correctement » et qu’aucun « accord contractuel » n’avait été signé par la précédente municipalité. Alexis Michalik conteste formellement ce dernier point : « Si ce n’était pas le cas, il ne serait pas inscrit dans la programmation culturelle du théâtre », a-t-il déclaré au Figaro.
Un maire qui n’a pas vu la pièce, une décision dénoncée comme de la censure
« C’est vraiment une décision éminemment politique. C’est vraiment le sujet qui a dérangé le maire », a dénoncé Alexis Michalik sur franceinfo. « Il n’a même pas pris connaissance du texte, alors qu’il est très réconciliateur et bienveillant », a-t-il ajouté au Figaro. Le metteur en scène décrit une « politique culturelle nationaliste, d’une façon un peu trumpienne », estimant que le maire « veut faire une mini polémique tous les trois jours pour qu’on parle de lui ». La déprogrammation a déclenché une vive réaction à gauche : le député LFI Thomas Portes a dénoncé de la « censure culturelle », le sénateur communiste Ian Brossat a parlé d' »une ‘cancel culture’ de l’extrême droite », tandis que la députée Clémentine Autain a déclaré que « partout où l’extrême droite arrive au pouvoir, elle s’attaque directement à la culture ». Du côté RN, le conseiller de Jordan Bardella Alexandre Loubet a évoqué un « deux poids deux mesures » et le député Philippe Ballard a appelé à « en finir avec les pseudo-artistes qui font de la culture un instrument de propagande ».
Une alerte lancée pour toute la profession : « Qu’est-ce que ce sera au niveau national ? »
« Moi, j’ai la chance de pouvoir m’exprimer et d’avoir une médiatisation. J’en profite pour lancer une alerte : si au niveau municipal on se permet d’enlever à un lieu culturel sa liberté de programmation, qu’est-ce que ce sera si jamais le RN s’empare du pouvoir ? », a lancé Alexis Michalik sur franceinfo. C’est précisément pour les structures plus fragiles qu’il s’inquiète davantage. « Notre pièce fonctionne bien, donc cette annulation ne nous handicape pas. Mais d’autres compagnies seront bien plus heurtées que nous et pourraient être en danger si certaines de leurs dates venaient à être annulées de la sorte », a-t-il alerté au Figaro. Il espère une reprogrammation sous la pression populaire, sans engager de procédure judiciaire pour ne pas mettre le théâtre, « ce n’est pas de sa faute », en difficulté.
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