Barbara Butch engage une riposte judiciaire après l’interruption de son concert au festival Cabaret Frappé, à Grenoble. Son avocate, Me Audrey Msellati, a annoncé le dépôt de plusieurs plaintes à Grenoble et à Paris, visant notamment La France insoumise, certains élus et représentants locaux du mouvement, le média Omerta ainsi qu’Alain Soral. Les faits dénoncés sont susceptibles de relever de plusieurs qualifications pénales : provocation publique à la haine et à la violence, violences aggravées, entrave à la liberté de création artistique, cyberharcèlement aggravé, diffamation et injures publiques aggravées. Toutes ces qualifications ne concernent pas nécessairement chacune des personnes ou organisations visées.
« Le débat est une liberté ; la violence est une infraction », a déclaré Me Audrey Msellati au moment d’annoncer ces démarches judiciaires. La plainte visant LFI porte notamment sur une possible provocation à la haine et à la violence dans les jours ayant précédé le concert.
Le concert interrompu après une vingtaine de minutes
Le samedi 18 juillet, Barbara Butch se produisait gratuitement dans le cadre du Cabaret Frappé lorsqu’une centaine de militants propalestiniens, dont des militants insoumis, ont fait irruption devant la scène. La prestation a été interrompue après environ 20 minutes. La mairie de Grenoble a signalé des jets de bouteilles en verre et d’autres projectiles en direction de la scène. Elle affirme également disposer d’éléments attestant de violences et d’un sabotage électrique. La maire écologiste Laurence Ruffin a porté plainte contre X. Barbara Butch a expliqué avoir eu peur que la situation dégénère pour les équipes techniques et le public. La DJ s’est dite « en état de choc » et a affirmé avoir ressenti une forte agressivité pendant l’action.
Un appel au boycott lancé par des responsables insoumis locaux
Avant le festival, des militants et responsables locaux de La France insoumise avaient réclamé la déprogrammation de Barbara Butch. Allan Brunon, président du groupe LFI au conseil municipal de Grenoble, avait publiquement soutenu cet appel au boycott. Des tracts distribués par des militants insoumis isérois qualifiaient notamment l’artiste de « soutien aux génocidaires ». Barbara Butch était attaquée en raison de son soutien à la proposition de loi dite Yadan, présentée comme un texte destiné à combattre les nouvelles formes d’antisémitisme. Ses opposants jugeaient au contraire que ce texte risquait de pénaliser certaines expressions de soutien à la cause palestinienne. Allan Brunon a défendu une « action pacifique qui visait à éveiller les consciences ». Il a assuré que Barbara Butch était contestée pour ses positions politiques et non pour son identité ou sa religion. Il a également déclaré ne pas avoir vu de projectiles lancés vers l’artiste.
Barbara Butch dénonce une mise en cause liée à sa judéité
Barbara Butch refuse d’être tenue pour responsable de la politique menée par le gouvernement israélien. « Demander aux juifs de se justifier sur la politique israélienne n’est pas normal. Moi, je suis juive française, j’ai des comptes à rendre sur la politique de mon pays dans lequel je vote, même si je peux avoir un avis sur cette guerre atroce », a-t-elle déclaré.
L’artiste estime désormais être prise entre deux campagnes hostiles. Après avoir été la cible de menaces et d’insultes venues de l’extrême droite à la suite de sa participation à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, elle affirme être aujourd’hui attaquée par des militants liés à LFI. « J’ai l’impression d’être dans un étau », a-t-elle confié.
Mathilde Panot reconnaît un tract « mauvais »
La présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot, a reconnu que le tract distribué à Grenoble était « mauvais ». Elle a condamné les insultes et les jets de projectiles, tout en affirmant qu’il n’existait pas d’antisémitisme au sein de son mouvement. Quelques jours plus tôt, elle avait cependant déclaré comprendre les demandes de déprogrammation visant Barbara Butch en raison de son soutien à la proposition de loi Yadan. Elle avait précisé que LFI ne validerait jamais les insultes, les jets de projectiles ou le cyberharcèlement, s’ils étaient confirmés.
Une enquête déjà ouverte par le parquet de Grenoble
Le parquet de Grenoble a ouvert une enquête pour « délit d’entrave concertée aux libertés ». Les investigations devront déterminer les responsabilités précises dans l’interruption du concert, les éventuelles violences, les jets de projectiles et le sabotage électrique dénoncé par la municipalité. La justice devra également examiner les messages, tracts, publications et appels au boycott diffusés avant et après le concert. Barbara Butch entend désormais faire établir si cette campagne et l’action menée à Grenoble ont dépassé le cadre de la contestation politique pour devenir des infractions pénales.