La Collectivité territoriale de Martinique a adopté un nouveau plan de redressement destiné à restaurer ses marges financières après plusieurs années de dégradation de ses comptes. Porté par Serge Letchimy, président du conseil exécutif, le programme prévoit près de 69 millions d’euros d’efforts répartis sur 2027 et 2028, avec 32,2 millions d’euros recherchés dès la première année puis 37 millions l’année suivante. Cette trajectoire intervient alors que la chambre régionale des comptes décrit une situation « particulièrement préoccupante », avec un encours de dette de 977 millions d’euros et une capacité d’autofinancement devenue négative.
Le plan combine plusieurs leviers : maîtrise des dépenses de fonctionnement, réduction progressive des effectifs par le non-remplacement d’une partie des départs à la retraite, diminution de certaines dotations aux établissements scolaires et organismes satellites, cessions immobilières et vente d’actifs financiers. Une nouvelle ressource est également prévue avec le versement mobilité régional et rural, une contribution patronale destinée au financement des transports. La majorité territoriale présente cet ensemble comme un effort de rééquilibrage destiné à préserver la capacité d’investissement de la collectivité plutôt qu’à interrompre brutalement certaines politiques publiques.
Une situation financière dégradée depuis plusieurs années
Le diagnostic de la chambre régionale des comptes est sévère. Entre 2021 et 2026, elle relève des insuffisances persistantes dans le pilotage d’un budget annuel d’environ un milliard d’euros, une progression des charges plus rapide que celle des recettes et plusieurs difficultés comptables qui rendent la lecture des finances moins fiable. Les produits de gestion ont progressé d’environ 1,2 % par an sur la période examinée, contre 2,1 % pour les charges. La capacité d’autofinancement nette était déjà estimée à -24,5 millions d’euros en 2024 avant certains retraitements.
La question de la dette envers la Caisse d’allocations familiales pèse également lourd. La CTM reconnaît un encours de 183,2 millions d’euros au 31 décembre 2024 et a engagé son remboursement selon un protocole transactionnel. La collectivité conteste toutefois une partie du retraitement opéré par les magistrats financiers, estimant qu’une partie de cette charge avait déjà été enregistrée dans ses comptes et ne devait pas être comptabilisée deux fois. Malgré ce désaccord technique, elle reconnaît la nécessité de restaurer durablement son épargne et de poursuivre l’assainissement financier.
Retards de paiement et conséquences concrètes pour l’économie martiniquaise
La crise financière de la CTM ne se résume pas à des ratios budgétaires. Les délais de paiement sont passés de 65 jours en 2021 à 131 jours en 2025, très au-delà du délai réglementaire de 30 jours. Pour les entreprises travaillant avec la collectivité, en particulier les PME locales, ces retards peuvent créer des difficultés de trésorerie importantes. La chambre régionale des comptes avertit également que les fragilités de la CTM peuvent se répercuter sur ses opérateurs et partenaires, eux-mêmes dépendants de subventions ou de règlements publics.
L’opposition conteste cependant la méthode retenue. Jean-Philippe Nilor, élu d’Ansanm pou Péyi-nou, dénonce un plan d’austérité présenté sous le terme d’« optimisation » et réclame un suivi trimestriel ainsi qu’une revue complète des politiques publiques. Serge Letchimy défend de son côté une situation en partie héritée et affirme vouloir appliquer les recommandations de la chambre régionale des comptes. Le débat porte désormais moins sur la nécessité d’un redressement que sur la manière de le mener : réduire suffisamment les dépenses pour rétablir les comptes, sans affaiblir davantage les services publics, les établissements scolaires, les associations ou les entreprises déjà dépendantes des financements de la CTM.

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