POLITIQUE

Polynésie française : large accord à l’Assemblée pour ouvrir un dialogue institutionnel avec Paris

Polynésie française : large accord à l’Assemblée pour ouvrir un dialogue institutionnel avec Paris
Polynésie française : large accord à l’Assemblée pour ouvrir un dialogue institutionnel avec Paris

C’est un rapprochement politique rare en Polynésie française. Le 24 septembre, les trois principales forces représentées à l’Assemblée ont soutenu une résolution demandant l’envoi d’une mission d’information des Nations unies et l’ouverture d’un dialogue avec l’État sur l’avenir institutionnel du territoire. Le texte a été adopté par 54 voix, avec deux abstentions et une absence sans procuration, celle d’Oscar Temaru. Surtout, il a réuni des formations qui restent profondément opposées sur l’issue souhaitée : les indépendantistes du Tavini Huiraatira, les autonomistes du Tapura Huiraatira d’Édouard Fritch et le groupe A Fano Ti’a. L’accord ne signifie donc pas que les autonomistes se rallient à l’indépendance, ni que les indépendantistes renoncent à leur objectif. Il porte sur une méthode : obtenir davantage d’informations, faire venir une mission du Comité spécial de décolonisation de l’ONU et créer un cadre de discussion avec Paris.

Le compromis a d’ailleurs nécessité de gommer une partie du vocabulaire traditionnellement associé au camp indépendantiste. Le Tapura a demandé que le mot « décolonisation » disparaisse de la résolution et que la référence à « l’autodétermination » soit retirée du titre. Édouard Fritch a insisté sur le fait qu’il acceptait une démarche d’information et non un choix institutionnel prédéterminé. Son parti réclame que les membres du Comité des 24 puissent examiner directement la situation politique, économique, sociale et institutionnelle de la Polynésie. Cette nuance est essentielle pour comprendre le rapprochement : les autonomistes peuvent accepter une mission de l’ONU sans remettre en cause leur volonté de rester dans la République, tandis que les indépendantistes y voient une étape susceptible de donner davantage de poids au processus ouvert par la réinscription de la Polynésie française sur la liste onusienne des territoires non autonomes en 2013.

Treize ans après la réinscription à l’ONU, le dialogue reste bloqué

Le point de convergence tient en grande partie à l’impasse actuelle. La Polynésie française figure toujours sur la liste des territoires non autonomes examinés chaque année par le Comité spécial de décolonisation de l’ONU. En juin 2026, les représentants indépendantistes ont une nouvelle fois demandé l’ouverture d’un dialogue formel avec la France, estimant que treize années après la réinscription du territoire aucune véritable procédure politique n’avait été engagée. Paris défend une lecture très différente : devant le Comité des 24, le représentant français a rappelé que la Polynésie dispose d’une « autonomie très forte » au sein de la République et que le dialogue entre l’État et les institutions polynésiennes existe déjà directement, sans qu’un rôle particulier soit reconnu aux Nations unies. La loi organique française prévoit effectivement que la Polynésie « se gouverne librement et démocratiquement » dans le cadre de son statut d’autonomie, tout en laissant à l’État les principales compétences régaliennes.

C’est précisément cette différence d’interprétation qui pousse aujourd’hui des adversaires historiques à rechercher un terrain commun. Pour le Tavini, le statut actuel ne répond pas à la question du droit à l’autodétermination et maintient entre les mains de Paris des compétences essentielles, notamment en matière de justice, de défense, de monnaie ou de certaines règles institutionnelles. Les autonomistes considèrent au contraire que le niveau actuel d’autonomie peut encore être approfondi sans rupture avec la France. Entre les deux, A Fano Ti’a a joué un rôle de passerelle. Son président de groupe, Tematai Le Gayic, a expliqué que les discussions avaient été engagées à l’initiative du président de l’Assemblée, Antony Géros, avec Édouard Fritch. Le compromis permet ainsi à chaque camp de conserver son projet tout en reconnaissant qu’une discussion institutionnelle plus structurée devient nécessaire.

Un accord sur la discussion, pas sur l’indépendance

L’unité affichée ne doit donc pas être surestimée. Oscar Temaru lui-même a vivement critiqué la résolution, malgré son rôle historique dans le mouvement indépendantiste. Le président du Tavini estime que le texte brouille la ligne de son parti et reproche aux autonomistes de maintenir leur volonté de sortir la Polynésie du processus onusien de décolonisation. Son absence lors du vote rappelle que la stratégie choisie ne fait pas consensus jusque dans le camp indépendantiste. À l’inverse, le Tapura continue d’affirmer qu’il souhaite le maintien de la Polynésie dans la République française. L’accord du 24 septembre est donc moins une coalition sur l’avenir qu’un constat partagé : le statu quo institutionnel et l’absence de discussion formalisée ne satisfont plus pleinement les principales forces politiques du territoire.

La prochaine étape pourrait se jouer rapidement à New York. La question de la Polynésie française doit de nouveau être examinée début octobre dans le cadre de la Quatrième Commission de l’Assemblée générale de l’ONU, qui entend les pétitionnaires des territoires non autonomes. Une mission de visite du Comité des 24, si elle était acceptée, n’aurait pas le pouvoir d’imposer une indépendance ou un nouveau statut : elle servirait avant tout à rencontrer les institutions, les responsables politiques et la société civile avant d’établir ses observations. Le véritable enjeu sera donc la réaction de l’État français. Jusqu’à présent, Paris a défendu un dialogue institutionnel direct et contesté la nécessité d’une intervention onusienne. Le vote presque unanime de l’Assemblée polynésienne modifie néanmoins le rapport politique : pour la première fois, la demande d’un échange plus structuré ne vient plus seulement du camp indépendantiste, mais d’une très large partie de la représentation locale.

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