Lancé en 2015 pour moderniser les outils utilisés par les enquêteurs de la police nationale, le projet informatique Scribe a finalement été abandonné après plusieurs années de développement. La Cour des comptes vient de retenir un préjudice de 31,2 millions d’euros pour les finances publiques et de sanctionner plusieurs anciens responsables du ministère de l’Intérieur.
Le programme, successivement baptisé LRP-SI, LRP-4, Scribe puis XPN, devait remplacer les logiciels employés pour rédiger les procédures pénales. L’objectif était notamment de simplifier le travail des policiers et d’accélérer le traitement des dossiers. Mais six ans après son lancement, le projet a été abandonné. La décision rendue le 28 août prévoit au total 18 002 euros d’amendes à l’encontre de plusieurs responsables, dont deux anciens directeurs généraux de la police nationale : Éric Morvan, condamné à 2 000 euros, et Jean-Marc Falcone, à 4 000 euros.
Des défaillances dans le pilotage du programme
L’écart entre les sanctions individuelles et le coût du projet est particulièrement important. La Cour des comptes estime le préjudice à 31,2 millions d’euros. Lors de l’instruction, une estimation beaucoup plus élevée avait toutefois été avancée, à 257,4 millions d’euros en intégrant le temps de travail perdu par les policiers confrontés aux dysfonctionnements de l’outil.
Les magistrats financiers identifient plusieurs causes à cet échec, avec notamment neuf décisions stratégiques ayant fragilisé le programme. Le cadrage initial, la répartition des responsabilités et le suivi financier sont notamment mis en cause. La multiplication des instances de pilotage n’a pas non plus permis de résoudre rapidement les difficultés. Le comité stratégique, censé se réunir une à deux fois par an, ne s’est réuni pour la première fois qu’en décembre 2018, près de trois ans après le lancement du projet, avant de ne tenir que quatre réunions. Les dépenses se sont poursuivies jusqu’à l’abandon du programme, tandis que les dysfonctionnements entraînaient des manipulations supplémentaires et une perte de temps pour les enquêteurs.

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