Des femmes filmées dans la rue sans le savoir, puis exposées sur les réseaux sociaux. À Paris, plusieurs plaintes ont conduit à l’ouverture d’enquêtes après la diffusion de vidéos réalisées avec des lunettes connectées équipées de caméras. Particulièrement discrètes, ces technologies permettent d’enregistrer une scène quasiment sans sortir de téléphone ni attirer l’attention de la personne visée. Certaines séquences diffusées en ligne mettraient en scène des femmes dans des situations présentées comme humoristiques ou provocatrices, mais vécues par les principales intéressées comme humiliantes et intrusives.
Le phénomène avait déjà suscité des alertes au début du mois de septembre. Au-delà des éventuelles infractions qui devront être caractérisées au cas par cas par les enquêteurs, ces vidéos posent une difficulté nouvelle : une personne croisée dans la rue peut désormais être enregistrée de très près sans disposer des signaux habituels permettant de comprendre qu’une caméra est braquée sur elle. L’objectif miniature intégré aux lunettes réduit considérablement la possibilité de réagir, puis les réseaux sociaux peuvent transformer en quelques heures une interaction banale dans l’espace public en contenu vu par plusieurs milliers de personnes.
Les lunettes connectées changent la mécanique du harcèlement de rue
Le problème ne vient pas uniquement de la capacité à filmer. Les smartphones permettaient déjà de le faire depuis longtemps. La rupture réside plutôt dans la discrétion du dispositif et dans sa capacité à enregistrer le point de vue exact de celui qui porte les lunettes. Lorsqu’elles sont utilisées pour aborder, suivre ou provoquer une femme avant de publier la scène sans son accord, ces caméras peuvent renforcer une forme de harcèlement reposant désormais autant sur la diffusion numérique que sur l’interaction dans la rue. La victime peut même découvrir plusieurs jours plus tard que son visage, sa réaction ou son corps sont devenus un contenu destiné à générer des vues.
La multiplication de ces usages oblige désormais plateformes, fabricants et autorités à réfléchir à des garde-fous adaptés. Certaines lunettes disposent déjà d’un voyant signalant qu’un enregistrement est en cours, mais celui-ci peut être difficile à percevoir dans l’espace public. L’enjeu dépasse donc largement Paris : à mesure que les caméras portables deviennent plus petites et plus banales, la frontière entre filmer son quotidien et transformer des inconnus en personnages involontaires d’un contenu en ligne devient de plus en plus fragile. Ces premières enquêtes pourraient ainsi servir de test grandeur nature face à une technologie dont les usages progressent plus rapidement que les réflexes sociaux et juridiques destinés à les encadrer.

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