Trois ans après son procès très médiatisé contre Amber Heard, l’acteur américain sort de son silence dans une interview où il se dit victime de la célébrité, du mouvement MeToo et d’une industrie qu’il juge devenue opportuniste et « woke ».
Une vie d’isolement et de ressentiment
Installé à Londres, Johnny Depp affirme vivre désormais en quasi-reclus. Dans un long entretien publié le 22 juin par The Sunday Times, il confie au journaliste Jonathan Dean qu’il ne quitte presque plus son domicile, malgré « les chapeaux, la barbe, les lunettes » censés le dissimuler. « Il n’y a jamais de moyen de se cacher », affirme-t-il, se décrivant comme un homme profondément « mal à l’aise avec la célébrité » qu’il dit ne jamais avoir recherchée.
L’acteur, connu pour ses rôles excentriques, semble aujourd’hui désabusé par le monde du spectacle. Déplorant une industrie du divertissement qu’il juge dominée par « la culture de l’apparence » et les effets de mode, il ironise sur son quotidien fait de vidéos absurdes regardées sur YouTube et de longues discussions autour de son propre rhum. À 62 ans, Depp se présente comme une victime de la machine hollywoodienne, se plaignant de ne plus pouvoir « marcher librement dans la rue », et estimant que ses plaintes ne sont pas prises au sérieux. « Si je dis que ça me rend fou, on me répond : ‘Mon pauvre, fais-toi éboueur’ », lâche-t-il.
Un discours contre MeToo et la culture « woke »
Mais c’est surtout le traitement médiatique de son conflit avec Amber Heard qui constitue le cœur de son propos. Condamnée pour diffamation en 2022, l’actrice avait accusé son ex-mari de violences conjugales. Un procès ultra-médiatisé qui, malgré la décision favorable à Depp, a laissé des traces. Dans cette interview, l’acteur revient longuement sur ce qu’il estime avoir été une injustice personnelle : « Je n’avais pas fait ce dont on m’accusait, et je ne voulais pas que mes enfants ou leurs enfants vivent avec ça. »
Il affirme avoir été un « mannequin crash-test pour MeToo », arguant qu’il a été pris pour cible avant même les premières révélations autour de Harvey Weinstein. Selon lui, cette affaire a mis à nu la lâcheté de certains de ses proches dans l’industrie : « Je voulais voir qui allait jouer la sécurité, choisir d’être woke. »
Le comédien se présente ainsi comme victime d’un environnement où la loyauté aurait été sacrifiée sur l’autel de la réputation. Il affirme que plusieurs personnes de son entourage professionnel, y compris son agent depuis 30 ans, l’auraient lâché. Pour lui, le mouvement MeToo est devenu un réflexe de précaution plus qu’un engagement sincère. Une lecture contestable qui tend à minimiser les apports de cette mobilisation mondiale, tout en déniant le rôle qu’il a pu lui-même jouer dans l’image publique qui s’est construite autour de lui.
Malgré tout, Depp refuse de se dire amer. Il évoque son passé familial pour tenter de donner un sens à ses choix, comparant Amber Heard à sa propre mère, une figure aimée mais « terrifiante ». « J’ai voulu comprendre comment mon père avait fait pour supporter cela », explique-t-il. S’il admet que sa gentillesse l’a « puni », il assure n’éprouver aucun regret.