Nouveau coup de tonnerre au sommet de l’État ukrainien. Rouslan Kravtchenko, procureur général d’Ukraine depuis juin 2025, a remis sa démission après les perquisitions menées dans le cadre d’une vaste enquête anticorruption touchant directement son administration. Une décision qu’il présente comme « politique », alors que le NABU et le SAPO enquêtent sur un réseau présumé mêlant pots-de-vin, centres d’appels frauduleux et blanchiment d’argent.
Cette démission a lieu seulement deux jours après les révélations sur les perquisitions menées au sein du bureau du procureur général et la découverte d’un coffre rempli de billets. L’argent photographié n’avait toutefois pas été présenté comme provenant du coffre personnel de Kravtchenko, mais les locaux utilisés par le procureur général avaient bien été concernés par les opérations.
Kravtchenko annonce une « décision politique »
Rouslan Kravtchenko a annoncé avoir présenté sa démission au président Volodymyr Zelensky et à la Verkhovna Rada, le Parlement ukrainien.
« C’est une décision politique et je l’ai prise consciemment. Je ne veux pas que la fonction de procureur général soit utilisée comme un instrument de confrontation politique », a-t-il déclaré. Il a également remercié Volodymyr Zelensky et les parlementaires, auxquels il a demandé d’accepter son départ.
Le procureur général maintient parallèlement sa ligne de défense. « Ma position concernant les accusations reste inchangée », a-t-il affirmé. Rouslan Kravtchenko n’a pas été officiellement désigné comme suspect et nie toute participation au système présumé découvert par les enquêteurs.
Un réseau présumé au cœur même du Parquet général
L’affaire est particulièrement sensible. Le Bureau national anticorruption d’Ukraine et le Parquet spécialisé anticorruption affirment avoir démantelé une organisation criminelle présumée constituée notamment de procureurs en exercice et de personnes extérieures au Parquet général.
Selon les enquêteurs, ce réseau aurait été créé au milieu de l’année 2025. Ses membres auraient reçu régulièrement des pots-de-vin afin de permettre à des centres d’appels frauduleux de poursuivre leurs activités sans être inquiétés. Une partie des sommes aurait ensuite été blanchie par différents moyens, notamment des acquisitions immobilières, des biens enregistrés au nom de tiers et des comptes bancaires appartenant à des proches. Cinq membres présumés de l’organisation ont été identifiés.
Parmi les personnes arrêtées figure Serhii Kropyva, responsable adjoint du département de coopération internationale du Parquet général. La Haute Cour anticorruption a ordonné son placement en détention et fixé une caution équivalente à environ 2,32 millions d’euros. Il est notamment soupçonné d’avoir blanchi plus de 1,7 million d’euros d’avoirs.
Des éléments qui rapprochent l’enquête de Kravtchenko
Le dossier est devenu encore plus embarrassant pour le procureur général lorsque des enregistrements diffusés par le NABU ont fait référence à un homme présenté comme le « boss ». Les enquêteurs évoquent une personne portant le patronyme Andriiovych et ayant auparavant dirigé l’administration fiscale ukrainienne, des caractéristiques correspondant au parcours de Rouslan Kravtchenko. Cela ne constitue cependant pas, à ce stade, une mise en accusation du procureur général.
Des éléments du dossier font également état des relations entre Kravtchenko et Serhii Kropyva. Ce dernier aurait notamment organisé des travaux dans une maison située à Kozyn, quartier résidentiel huppé au sud de Kiev, où réside Kravtchenko. Celui-ci affirme que sa famille loue cette propriété.
Kravtchenko a catégoriquement nié avoir donné la moindre instruction destinée à protéger les centres d’appels illégaux ou avoir utilisé ses fonctions pour faciliter leurs activités.
Des perquisitions jusque dans ses locaux
Le NABU et le SAPO avaient annoncé samedi avoir mis au jour un réseau de blanchiment et de protection de centres d’appels frauduleux impliquant notamment un responsable du Parquet général. Des perquisitions avaient alors été menées dans plusieurs locaux, y compris ceux utilisés par Rouslan Kravtchenko.
Le procureur avait d’abord rejeté les accusations et assuré qu’elles n’étaient pas étayées. Quelques heures encore avant l’annonce de son départ, il indiquait ne pas avoir l’intention de démissionner et préparait son audition devant la commission compétente du Parlement ukrainien. Sa position a finalement changé après une rencontre avec Volodymyr Zelensky consacrée à son avenir.
Un nouveau scandale de corruption au sommet de l’Ukraine
L’affaire frappe une personnalité directement choisie par Volodymyr Zelensky. Kravtchenko avait été proposé par le président ukrainien avant d’être nommé procureur général en juin 2025.
Elle éclate surtout dans un climat politique déjà lourd autour des questions de corruption. L’ancien bras droit de Zelensky, Andriy Yermak, a lui aussi été rattrapé par une importante affaire judiciaire, avec des soupçons portant notamment sur un système de blanchiment lié à un projet immobilier près de Kiev.
La situation est d’autant plus sensible que le pouvoir ukrainien avait provoqué une crise à l’été 2025 en tentant de réduire l’indépendance du NABU et du SAPO. Face aux manifestations en Ukraine et aux critiques de partenaires européens, Kiev avait finalement fait marche arrière.
Un peu plus d’un an plus tard, ce sont précisément ces institutions anticorruption qui ont porté leurs investigations jusqu’au sommet du Parquet général. Rouslan Kravtchenko conteste toute implication personnelle, mais il quitte désormais la tête de l’une des institutions judiciaires les plus puissantes du pays.
