Des décisions contradictoires entre juges autour du limogeage du chef de la police fédérale ont contraint le président de la Cour suprême à intervenir d’urgence. La crise, née d’une enquête sur une fraude bancaire colossale, s’invite dans la campagne entre Lula et Flavio Bolsonaro avant le scrutin du 4 octobre.
Le président de la Cour suprême du Brésil, Edson Fachin, a suspendu mercredi 9 septembre une série de décisions contradictoires rendues par ses propres collègues, dans une tentative de contenir une crise institutionnelle sans précédent à moins d’un mois de l’élection présidentielle. La réunion plénière qu’il a convoquée pour le 15 septembre devra trancher le sort du directeur de la Police fédérale, Andrei Rodrigues, au cœur du conflit.
Tout a commencé la semaine précédente, quand un rapport de police a révélé des messages envoyés par le banquier Daniel Vorcaro à un numéro attribué au juge Alexandre de Moraes. Dans ces échanges datant de novembre 2025, le patron de Banco Master demandait apparemment au magistrat d’intervenir pour freiner l’enquête qui allait mener à son arrestation. L’établissement bancaire a depuis été liquidé, laissant plus de six milliards d’euros de dettes.
Le juge André Mendonça, ancien ministre de la Justice de Jair Bolsonaro et nommé à la Cour suprême par lui, a ordonné la divulgation de ces messages et, mardi, la suspension provisoire du directeur de la Police fédérale, accusant celle-ci d’espionnage illégal. Le lendemain, Flavio Dino, proche du juge Moraes et lui-même ex-ministre de la Justice sous Lula, a rétabli Andrei Rodrigues dans ses fonctions. Fachin a alors suspendu l’ensemble de ces décisions et interdit toute procédure d’enquête visant des membres de la Cour, le temps de trancher.
Alexandre de Moraes n’est pas un personnage ordinaire dans ce feuilleton judiciaire : c’est lui qui a conduit le procès historique de l’ex-président Jair Bolsonaro, condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État, peine qu’il purge à domicile.
La crise percute directement la campagne électorale. Le 4 octobre, Luiz Inacio Lula da Silva, 80 ans, cherchera à se faire réélire face à Flavio Bolsonaro, 45 ans, fils aîné de l’ancien chef d’État d’extrême droite. Les sondages les placent au coude-à-coude en vue d’un éventuel second tour le 25 octobre.
Flavio Bolsonaro est lui-même fragilisé par l’affaire. La police enquête sur des virements de plusieurs millions de dollars qu’il avait sollicités auprès de Daniel Vorcaro. Le candidat conservateur affirme que ces fonds ont servi à financer un film sur son père. Lors d’un déplacement à Juiz de Fora, il a accusé le juge Dino de tenter « d’interférer dans une procédure judiciaire » et lancé : « Moi je veux gagner les élections dans les urnes, et Lula veut gagner sur tapis vert. »
Lula, de son côté, a réclamé sur X la levée complète du secret des enquêtes « concernant tous les impliqués dans l’affaire Master, quels qu’ils soient, quoi qu’il en coûte », dénonçant des « fuites sélectives qui influencent la dispute électorale ».
Une source de la Cour suprême a qualifié l’affaire Master de dossier « toxique », estimant que le banquier « a mis de l’argent à plusieurs endroits pour ensuite pouvoir obtenir des faveurs ». Quelque 3 000 organisations patronales ont publié mercredi une déclaration commune alertant sur une « crise institutionnelle d’une gravité extrême » dont « l’épicentre » est le plus haut tribunal du pays, avertissant que si la légitimité des juges venait à être remise en question, « la paix sociale » elle-même deviendrait incertaine.

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