Six enfants et sept femmes enlevés lors du massacre de Kenscoff, dans les hauteurs de Port-au-Prince, ont été libérés. L’ONU salue cette issue tout en alertant sur la gravité de la crise sécuritaire qui ravage le pays.
L’annonce est venue tard vendredi soir. Les Nations unies ont confirmé la libération de treize personnes (six enfants et sept femmes) kidnappées lors de l’attaque armée qui a frappé la communauté de Kenscoff dans la nuit du 23 août. L’UNICEF, qui a relayé la nouvelle, a tenu à replacer cet événement dans un contexte plus sombre.
« Cette libération offre un rare moment d’espoir au milieu de la violence qui menace les enfants en Haïti », a déclaré Yannig Dussart, représentant adjoint de l’UNICEF en Haïti. « L’enlèvement de Kenscoff n’était pas un incident isolé, mais un nouveau rappel brutal de l’ampleur et de la fréquence des attaques contre les enfants à travers le pays. »
La nuit du 23 août, quelque 150 membres de gangs armés ont investi Kenscoff, localité perchée sur les collines dominant Port-au-Prince et la banlieue de Pétion-Ville. Les assaillants ont ouvert le feu sur des habitants dans les rues, avant de poursuivre certains d’entre eux jusqu’à l’intérieur d’une église protestante voisine. Ceux qui s’y étaient réfugiés ont été contraints de sortir. Selon les estimations de l’ONU, 22 personnes ont été tuées dans la cour de l’église, une douzaine d’autres derrière le bâtiment. Le bilan total s’élève à au moins 47 morts. Plus de 50 personnes ont été enlevées, et quelque 2 647 résidents ont fui leurs foyers, dont certains ont été incendiés.
Lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU tenue vendredi, Carlos Ruiz Massieu, représentant spécial du secrétaire général en Haïti, a exigé la libération immédiate et inconditionnelle de tous les otages encore retenus. « Ce massacre est profondément choquant. Mais ce n’est pas une tragédie isolée », a-t-il déclaré. « C’est la dernière d’une série d’attaques touchant la communauté de Kenscoff depuis début 2025, et elle démontre la capacité et la détermination persistantes des gangs à terroriser la population, à étendre leur influence au-delà de la capitale et à défier directement l’autorité de l’État. »
Après l’attaque, des membres de gangs auraient menacé sur les réseaux sociaux d’exécuter certains captifs si les opérations sécuritaires contre leurs organisations se poursuivaient. Le gouvernement haïtien a néanmoins annoncé le déploiement de renforts dans la zone. « Toutes les forces de sécurité sont placées en état d’alerte maximale », a indiqué le bureau du Premier ministre au lendemain de l’attaque. « Les ordres sont clairs : protéger, sécuriser, intervenir. »
La violence qui secoue Haïti s’inscrit dans une spirale engagée depuis le début de la décennie. L’assassinat du président Jovenel Moïse à son domicile en 2021 a précipité une crise de gouvernance durable. Le Premier ministre Ariel Henry, qui lui a succédé sans mandat électif, a finalement démissionné en 2024. Le Conseil présidentiel de transition qui lui a succédé s’est dissous cette année sans avoir organisé de scrutin. Des élections générales sont désormais prévues en décembre, après plusieurs reports successifs.
Dans ce vide institutionnel, les groupes armés ont considérablement étendu leur emprise. À un moment, jusqu’à 90 % de Port-au-Prince était sous contrôle de gangs. La violence a déplacé 1,47 million de personnes à travers le pays, selon des chiffres de mai dernier. Entre avril et juin, 1 408 personnes ont été tuées et 656 blessées dans des violences liées aux gangs. Sur la même période, l’ONU a documenté 326 cas de violences sexuelles. En avril, les premiers membres d’une Force de suppression des gangs soutenue par l’ONU sont arrivés sur le sol haïtien, mais leur impact reste pour l’heure limité.
Communauté
Commentaires
Écrire un commentaire
Soyez le premier à commenter cet article.