Hiva Seyfizadeh, 29 ans, a écopé de quatre ans de prison après un concert à Téhéran en février 2025. Parastoo Ahmadi, elle, a été condamnée à 74 coups de fouet pour avoir chanté sans voile lors d’une diffusion en direct sur YouTube. Ces deux affaires révèlent la persistance d’un arsenal répressif contre les artistes féminines iraniennes.
Le 19 août, Hiva Seyfizadeh a annoncé sur Instagram sa condamnation en première instance à quatre ans de prison pour « incitation à la corruption et à la prostitution ». Ce soir de février 2025, la chanteuse de musique traditionnelle et classique iranienne se produisait dans une salle de spectacle de Téhéran, le Rooberoo Mansion, devant un public mixte, vêtue d’une robe noire et d’un léger foulard. Selon l’organisation de défense des droits humains Hengaw, elle a été arrêtée sur scène par les forces de sécurité alors qu’elle interprétait des vers du poète persan Saadi, avant d’être libérée sous caution.
Dans une vidéo publiée sur son compte Instagram, l’artiste conteste vivement la qualification retenue : « Qu’est-ce qui dans mon comportement a incité à la corruption des mœurs et à la prostitution ? Avoir chanté des vers de Saadi, un grand poète persan ? » Elle interpelle directement la cour d’appel pour qu’elle précise les actes qui lui sont reprochés. « Chanter, c’est ma vie », écrit-elle, rappelant des années d’activité dans le milieu musical iranien malgré les contraintes imposées aux femmes.
Depuis la Révolution islamique de 1979, les femmes n’ont pas le droit de chanter seules devant un public mixte. Elles peuvent participer en tant que choristes, au sein d’un groupe, ou se produire devant un public exclusivement féminin. Ces restrictions reposent sur des interprétations de la loi islamique selon lesquelles le chant féminin ne doit pas provoquer de plaisir ou d’excitation chez l’auditeur masculin. L’application de ces règles varie cependant selon les lieux et la volonté des autorités locales.
Quelques mois plus tôt, en juin, la chanteuse Parastoo Ahmadi avait été condamnée à 74 coups de fouet pour avoir chanté sans voile lors d’un concert diffusé en direct sur YouTube en décembre 2024. La prestation, suivie en temps réel par des milliers de personnes, a depuis été visionnée trois millions de fois sur sa chaîne. Au moins sept membres de son équipe, dont la photographe et vidéaste Tahmineh Monzavi, ont reçu la même peine, assortie d’une interdiction de quitter le territoire et d’exercer toute activité artistique pendant deux ans. Selon des documents judiciaires, la justice iranienne accuse la chanteuse et son équipe d’« atteinte à la décence publique par la production et la publication de contenu vulgaire et immoral en ligne ».
Bahar Ghandehari, directrice du plaidoyer au Center for Human Rights in Iran, une ONG basée aux États-Unis, juge cette condamnation « une nouvelle preuve que la situation des droits humains en Iran n’a pas changé, malgré la campagne de propagande menée par les autorités en temps de guerre pour améliorer leur image ». Elle pointe le fossé entre les discours officiels et les poursuites engagées contre les artistes.
Faravaz Farvardin, chanteuse iranienne exilée à Berlin et fondatrice de l’association « The Right to Sing », connaît cette mécanique de l’intérieur. Arrêtée en 2016 après avoir diffusé un clip sur Internet, elle a été condamnée deux ans plus tard à un an de prison et a fui l’Iran pour y échapper. Elle observe que les peines s’alourdissent : « Hiva Seyfizadeh a été condamnée à quatre ans. Je constate que les sanctions sont de plus en plus lourdes pour mes consœurs. »
Elle décrit aussi une stratégie qui dépasse désormais les artistes elles-mêmes. Les autorités visent leur entourage, organisateurs et techniciens compris, pour multiplier les points de pression. « Lorsque vous êtes musicienne et que vous voyez que vos actes peuvent mettre la vie d’autres personnes en danger, vous finissez par renoncer à ce que vous aimez, car il ne s’agit plus seulement de vous. Il s’agit de vos amis, de votre communauté », explique-t-elle.
Faravaz Farvardin refuse néanmoins de ne voir que la répression. Si elle estime qu’il n’y a pas davantage de liberté pour les femmes en Iran, elle considère qu’elles sont « plus courageuses qu’auparavant ». Des vidéos de jeunes Iraniennes chantant dans l’espace public et les partageant ensuite en ligne se sont multipliées ces dernières semaines, malgré les risques. Ce mouvement de désobéissance visible coexiste avec un cadre légal inchangé et un régime qui, selon les organisations de défense des droits humains, a fait arrêter des dizaines de milliers de personnes lors des manifestations récentes.
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