Jean-Luc Mélenchon a estimé ce mercredi 23 septembre qu’il fallait « peut-être se demander » si l’intensification des menaces russes en Europe n’avait pas un rapport avec les frappes menées par l’Ukraine en profondeur sur le territoire russe. Le candidat de La France insoumise à l’élection présidentielle de 2027 a insisté sur le fait qu’il ne cherchait pas à « excuser la Russie », rappelant que Moscou reste l’agresseur dans la guerre déclenchée en février 2022. Il estime néanmoins qu’une attaque contre le territoire russe, et notamment contre sa capitale, entraîne nécessairement une réaction et appelle à privilégier « la diplomatie et la discussion ».
Cette déclaration intervient après une forte intensification des opérations aériennes des deux camps. Le week-end du 19 et 20 septembre, l’Ukraine a mené sa plus importante attaque de drones contre Moscou depuis le début de la guerre, selon les autorités russes, avec plus d’un millier de drones annoncés comme interceptés à travers le pays. Une raffinerie de Moscou et plusieurs infrastructures ont été touchées, tandis que les trois principaux aéroports de la capitale ont temporairement interrompu leurs opérations. Kiev explique cibler en priorité des installations énergétiques, industrielles et logistiques contribuant au financement ou au fonctionnement de l’effort de guerre russe. Dans le même temps, la Russie poursuit elle aussi ses frappes massives contre l’Ukraine, notamment sur Kiev et les infrastructures économiques du pays.
La France autorise certaines frappes en Russie depuis 2024
Un élément de contexte nuance toutefois l’affirmation selon laquelle les frappes ukrainiennes en territoire russe seraient totalement nouvelles dans la position française. Dès le 6 juin 2024, Emmanuel Macron expliquait publiquement que Kiev devait pouvoir utiliser des armes occidentales pour neutraliser, en Russie, les positions militaires depuis lesquelles l’armée russe attaquait l’Ukraine. Le président français distinguait alors ces cibles militaires des attaques contre des civils ou d’autres objectifs situés plus profondément sur le territoire russe. Paris assumait donc déjà le principe de certaines frappes transfrontalières dans le cadre de la défense ukrainienne.
Ce qui s’est nettement transformé depuis est l’ampleur des moyens ukrainiens et la profondeur des opérations. L’armée ukrainienne dispose désormais de drones et de missiles produits localement capables d’atteindre Moscou ainsi que des raffineries et installations énergétiques situées à plusieurs centaines de kilomètres de la frontière. Cette stratégie vise notamment à réduire les revenus pétroliers russes et à perturber la logistique militaire. Elle fait cependant débat jusque chez les soutiens de Kiev : le président américain Donald Trump a récemment demandé à Volodymyr Zelensky de limiter les attaques contre les raffineries russes, en invoquant leurs conséquences possibles sur les marchés mondiaux de l’énergie.
Une menace russe jugée plus forte par l’Élysée
Les propos de Jean-Luc Mélenchon répondent également à l’alerte lancée cinq jours plus tôt par Emmanuel Macron. Le 18 septembre, le président avait réuni à l’Élysée les responsables des partis représentés au Parlement ainsi que plusieurs candidats à la présidentielle. Les dirigeants de la DGSE, de la DGSI, du renseignement militaire et du SGDSN leur avaient présenté un état de la menace. Emmanuel Macron avait alors affirmé que la « nature de l’agressivité russe et de ces menaces en Europe change », citant notamment des cyberattaques, des incursions aériennes, des opérations informationnelles et une tentative d’attaque contre l’aéroport de Leipzig attribuée par les autorités allemandes au renseignement militaire russe.
À ce stade, les informations rendues publiques ne permettent cependant pas d’établir que cette intensification des opérations russes en Europe constitue une réponse directe aux frappes ukrainiennes contre Moscou ou les infrastructures russes. Le rapprochement formulé par Jean-Luc Mélenchon doit donc être présenté comme une hypothèse politique et stratégique, et non comme un lien de causalité démontré. L’Élysée présente pour sa part les opérations hybrides russes comme une stratégie destinée notamment à intimider les pays européens et à affaiblir leur soutien à Kiev.
Deux lectures différentes du risque d’escalade
Cette divergence révèle deux lectures de la même situation. Jean-Luc Mélenchon insiste sur les risques d’engrenage liés à l’extension géographique des frappes et considère qu’une augmentation de la pression militaire sur la Russie peut entraîner une réponse contre les pays qui soutiennent l’Ukraine. Le gouvernement français défend au contraire l’idée que le renforcement des capacités ukrainiennes est nécessaire pour empêcher Moscou d’exploiter militairement la profondeur de son propre territoire et pour maintenir un rapport de force susceptible, selon l’exécutif, de conduire à une paix durable. Ces deux positions reconnaissent l’existence d’un risque accru, mais divergent sur la manière de le réduire.
Le débat se déroule alors que les inquiétudes européennes dépassent désormais la seule guerre conventionnelle en Ukraine. La Pologne a récemment averti ses partenaires de possibles opérations russes utilisant drones ou missiles sur le territoire de pays de l’Otan, tandis que plusieurs États renforcent la protection de leurs infrastructures critiques. Dans ce contexte, la question soulevée par Jean-Luc Mélenchon porte moins sur la réalité de l’intensification militaire, constatée des deux côtés, que sur son interprétation. Les frappes ukrainiennes sur le territoire russe et la hausse des menaces hybrides contre l’Europe sont simultanées, mais les données publiques disponibles ne suffisent pas, à ce stade, à démontrer que la première évolution est la cause de la seconde.

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