Le Parlement néo-zélandais a reporté mardi un vote controversé portant sur la suspension de trois députés autochtones du parti Te Pāti Māori, après qu’ils ont exécuté un haka cérémoniel dans l’enceinte parlementaire l’an dernier. Cette décision, rarissime dans l’histoire politique du pays, suscite une vive controverse autour de la place des expressions culturelles maories dans la vie publique néo-zélandaise.
La suspension des députés Debbie Ngarewa-Packer, Rawiri Waititi et Hana-Rawhiti Maipi-Clarke avait été recommandée la semaine dernière par une commission des privilèges parlementaires, qui a estimé que leur action constituait une forme d’intimidation envers d’autres membres de la Chambre. Les deux co-dirigeants de Te Pāti Māori risquent 21 jours de suspension, tandis que Maipi-Clarke encourt 7 jours d’exclusion.
Les faits remontent à novembre 2024, lorsque les parlementaires maoris ont interprété le haka — une danse traditionnelle maorie à forte charge symbolique — au moment de la lecture d’un projet de loi très contesté, visant à réinterpréter le traité de Waitangi de 1840. Ce traité fondateur entre les chefs maoris et la Couronne britannique reste un texte fondamental pour la reconnaissance des droits des peuples autochtones dans le pays.
Face à l’émotion et à la mobilisation croissante, Chris Bishop, leader de la Chambre, a annoncé le report du vote afin de permettre aux députés visés de participer au débat sur le budget prévu jeudi. Le scrutin sur leur sanction aura donc lieu ultérieurement. À Wellington, des manifestants se sont rassemblés mardi devant le Parlement, certains prêts à exécuter un haka en soutien aux parlementaires maoris.
La cheffe de la commission des privilèges, Judith Collins, également procureure générale, a défendu la sanction proposée en soulignant que le haka avait provoqué la suspension de la séance pendant 30 minutes et qu’il avait été exécuté sans autorisation préalable, enfreignant ainsi les règles internes de l’assemblée. « Il ne s’agit pas du haka lui-même, mais du respect des règles que nous avons tous acceptées », a-t-elle déclaré.
L’opposition travailliste a jugé la sanction excessive. Chris Hipkins, chef du Parti travailliste, a plaidé pour une simple censure, jugeant la proposition actuelle disproportionnée et sans précédent. « Nous n’avons jamais vu une sanction d’une telle sévérité dans l’histoire du Parlement néo-zélandais. »
Le haka, anciennement destiné à accueillir des visiteurs ou à galvaniser les guerriers, est aujourd’hui reconnu comme un symbole culturel national, notamment par son utilisation emblématique avant les matchs des All Blacks. Sa place au Parlement ouvre désormais un débat plus large sur la conciliation entre tradition autochtone et institution démocratique, dans une société néo-zélandaise toujours en quête d’un équilibre postcolonial.
