Ce que les secouristes qualifient déjà de «miracle» s’est produit samedi matin sur les pentes glacées du couloir de Gaube, dans le massif du Vignemale. Deux alpinistes espagnols, expérimentés mais surpris par les conditions particulièrement traîtresses du terrain, ont survécu à une chute de 600 mètres, sur une pente enneigée et verglacée à plus de 45 degrés d’inclinaison.
Le massif du Vignemale, point culminant des Pyrénées françaises avec ses 3.298 mètres, est réputé pour ses itinéraires techniques et sa face nord particulièrement redoutée des alpinistes. C’est dans cette zone que s’est déroulé l’accident, sur l’un des couloirs les plus engagés de la région.
Un témoin donne l’alerte
L’alerte a été donnée peu après 10h30 par un troisième alpiniste espagnol, témoin de la scène depuis une voie d’escalade parallèle. Grâce à une excellente coordination des secours, un hélicoptère de la gendarmerie, avec à son bord deux secouristes de la CRS Pyrénées et un médecin du SAMU 65, a été dépêché depuis la base de Tarbes.
« Nous avons été engagés très rapidement », explique le major Sébastien Abbadie, chef de section à la CRS Pyrénées, interrogé par France 3 Occitanie. « Mais avec un dévissage de cette ampleur, nous nous attendions à retrouver des corps sans vie. Ils ont dévalé à très grande vitesse tout le couloir de Gaube, soit 600 mètres de chute sur une pente alternant glace vive et neige dure. »
Les victimes gravement blessées mais vivantes
Contre toute attente, les deux victimes, des hommes âgés d’environ 30 à 40 ans selon les secours, étaient conscientes à l’arrivée de l’équipe héliportée. L’un souffrait d’un traumatisme thoracique, l’autre de fractures aux membres inférieurs. Ils ont été stabilisés sur place, évacués vers l’hôpital de Tarbes dans un premier temps, puis transférés dès le lendemain vers un centre hospitalier espagnol, probablement à Huesca ou Saragosse, en fonction de leur lieu de résidence. Leur casque leur a probablement sauvé la vie, selon les secours
Des conditions difficiles
Le couloir de Gaube, qui peut être gravi en alpinisme hivernal ou printanier, présentait ce week-end des conditions mixtes : alternance de plaques de neige dure et de glace vive, rendant tout appui instable et toute chute presque impossible à enrayer.
Selon des guides locaux, cette voie, bien que classique, est dangereuse en fin de saison quand les températures diurnes favorisent le dégel partiel. « Ce n’est pas un itinéraire pour les débutants », souligne l’un d’eux. « Mais même les plus aguerris peuvent être piégés par un changement rapide de la qualité de la neige. »
Les deux alpinistes, dont les jours ne sont pas en danger, devraient rester hospitalisés plusieurs semaines…
