Deux mois après la crise migratoire qui a frappé l’enclave espagnole de Ceuta, la ministre de la Jeunesse et de l’Enfance, Sira Rego, a affirmé lundi que la plupart des mineurs non accompagnés arrivés cet été demeureront sur le territoire espagnol, invoquant la protection que leur garantit la loi.
La position du gouvernement espagnol est désormais claire : les milliers de mineurs non accompagnés qui ont afflué à Ceuta fin juillet n’ont pas vocation à être renvoyés au Maroc. Sira Rego, ministre de la Jeunesse et de l’Enfance, l’a dit sans détour lundi : « Je crois que la plupart veulent rester en Espagne et qu’ils vont rester, bien sûr. Il existe une loi qui les protège. »
La ministre a insisté sur le caractère universel de la législation espagnole relative aux mineurs, qui s’applique quelle que soit la nationalité des enfants concernés. Beaucoup d’entre eux, a-t-elle précisé, ont fui des situations de violence ou des conditions de vie extrêmes : « Notre devoir en tant que société est de les protéger. » Elle a également dénoncé ce qu’elle a qualifié de « banalisation du mal », estimant que certains acteurs politiques « font de la politique sur le dos des enfants ».
Le gouvernement espagnol évalue à entre 2 500 et 3 000 le nombre de mineurs non accompagnés présents à Ceuta. Environ 1 500 d’entre eux sont entrés lors de la crise de fin juillet, selon des chiffres policiers révisés à la baisse, tandis qu’une petite moitié se trouvait déjà dans l’enclave avant l’été. Entre 500 et 700 jeunes seraient encore en dehors de tout dispositif de protection.
Face à cette situation, Sira Rego a plaidé pour un transfert rapide des mineurs vers la péninsule ibérique, afin de désengorger le système d’accueil local. Elle a pointé la responsabilité des présidents de régions, pour la plupart issus de l’opposition, qui sont légalement tenus de se répartir ces mineurs mais freinent, selon elle, toute solution concrète : « Nous ne comprenons pas que la solution pour Ceuta soit précisément ce que bloque le Parti populaire. »
Le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas, membre du Parti populaire, a pour sa part durci le ton ces dernières semaines à l’égard du gouvernement de Pedro Sánchez, l’accusant de ne pas avoir réagi de manière adéquate avant, pendant et après la crise de juillet, qui a fait plus de 150 morts en mer. Depuis le Parlement européen, le 8 septembre, il a appelé l’Union européenne à conditionner toute coopération avec le Maroc au respect des frontières européennes.
La question du rôle des autorités marocaines dans cet afflux massif reste, elle, en suspens. Pedro Sánchez et son ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, continuent d’affirmer qu’aucune preuve ne démontre une implication active de Rabat. Sira Rego a toutefois reconnu que la coopération marocaine est généralement « limitée » et que les réponses de Rabat sont rarement fluides. Des témoignages de migrants et plusieurs rapports, y compris policiers, tendent pourtant à accréditer l’hypothèse d’un laxisme délibéré des forces de sécurité marocaines lors du passage des frontières.

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