Marine Le Pen annonce un changement majeur de la politique française à l’égard de l’Ukraine en cas de victoire à l’élection présidentielle de 2027. Dans un entretien accordé au Financial Times et lors d’une intervention à Bruxelles mercredi 14 octobre, la candidate du Rassemblement national a affirmé qu’elle mettrait fin au soutien financier français à Kiev six mois après son éventuelle accession à l’Élysée. Une décision qu’elle justifie par l’état des finances publiques françaises, estimant que le pays ne peut plus continuer à consacrer des milliards d’euros à l’Ukraine alors qu’il demande des économies à ses propres citoyens.
« À partir de mon élection, durant six mois, nous maintiendrons les aides pour ne mettre personne au pied du mur. Mais après, nous cesserons l’aide financière à l’Ukraine car nous n’avons plus les moyens de le faire », a déclaré Marine Le Pen à la télévision flamande VRT News, en marge d’une réunion de ses alliés européens à Bruxelles. La dirigeante du RN entend ainsi prévenir Volodymyr Zelensky suffisamment tôt pour permettre à l’Ukraine d’anticiper une réduction de l’engagement français.
Marine Le Pen veut donner la priorité aux finances françaises
La candidate du Rassemblement national considère que la situation budgétaire française ne permet plus de poursuivre indéfiniment le soutien financier à Kiev. Elle cite notamment le prêt européen de 90 milliards d’euros destiné à l’Ukraine, dont elle évalue la part supportée par la France à 18 milliards d’euros. Un montant qu’elle juge considérable dans un contexte marqué par l’endettement public et les économies demandées aux ménages.
Marine Le Pen défend une réorientation des priorités budgétaires, estimant que l’État doit d’abord être capable de financer les retraites, les services publics et les besoins nationaux. Elle avait déjà développé cette position en septembre, considérant qu’il était contradictoire de demander des sacrifices aux Français tout en maintenant d’importants engagements financiers internationaux.
Cette annonce ne signifie toutefois pas nécessairement l’arrêt de toute coopération avec l’Ukraine. La dirigeante du RN avait précédemment distingué les aides financières des livraisons de matériel militaire et de la formation des soldats ukrainiens, qu’elle envisageait de poursuivre sous certaines conditions. Les modalités précises du désengagement annoncé restent donc à définir.
Marine Le Pen réaffirme également son opposition à l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. Elle estime qu’une telle intégration ferait peser des risques importants sur l’agriculture française, en raison notamment de la puissance agricole ukrainienne et des conséquences possibles sur la répartition des financements de la politique agricole commune.
Zelensky répond directement à Marine Le Pen
Les déclarations de la candidate du RN ont provoqué une réaction du président ukrainien. Dans un entretien publié ce jeudi 15 octobre par le Financial Times, Volodymyr Zelensky a contesté son analyse, estimant qu’elle ne prenait pas suffisamment en compte les bénéfices de la coopération entre Paris et Kiev.
Le chef de l’État ukrainien a notamment souligné que la France tirait également profit de l’expérience militaire acquise par les forces ukrainiennes depuis l’invasion russe de février 2022. Il a cité les progrès réalisés dans les technologies de défense, les systèmes antiaériens et les équipements militaires grâce aux retours d’expérience du champ de bataille.
Zelensky considère que cette coopération profite aussi à l’industrie française de défense, notamment à travers les développements et les adaptations apportés aux équipements utilisés par l’armée ukrainienne. Pour lui, le soutien à Kiev ne constitue donc pas uniquement une dépense, mais également un investissement dans la sécurité et les capacités militaires européennes.
La proposition de Marine Le Pen marque ainsi une différence majeure avec la politique actuellement défendue par le gouvernement français, qui considère le soutien à l’Ukraine comme un enjeu de sécurité pour l’ensemble du continent européen. Elle intervient également alors que plusieurs responsables politiques français accusent régulièrement le Rassemblement national de défendre une ligne trop conciliante envers Moscou, ce que le parti conteste.

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