Le député MoDem du Haut-Rhin a été reconduit pour un an à la présidence de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale. À six mois d’une présidentielle qui pourrait rebattre les cartes, Bruno Fuchs veut accélérer sur trois fronts : souveraineté européenne, influence française et diplomatie parlementaire. Avec une inquiétude : la baisse continue des moyens consacrés à l’action extérieure de la France.
Bruno Fuchs, député MoDem de la circonscription de Mulhouse-Illzach, a été reconduit jeudi à la présidence de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, qu’il dirige depuis 2024.
Un horizon institutionnel d’un an, mais un calendrier politique beaucoup plus court. À six mois de l’élection présidentielle, Bruno Fuchs entend concentrer son action autour de trois priorités : le renforcement de la souveraineté européenne, de la force de la voix de la France dans le monde et le développement de la diplomatie parlementaire comme levier d’influence.
Renforcer la souveraineté européenne
L’Europe est à un moment de bascule. La guerre est revenue sur le continent, les frontières sont sous pression, les ingérences et la désinformation sont devenues des armes, tandis que le rapport de force tend à se substituer au droit. C’est tout l’ordre international bâti après la Seconde Guerre mondiale qui vacille, rappelle Bruno Fuchs.
Dans ce monde nouveau, la souveraineté européenne signifie prendre en main notre défense et notre sécurité, maîtriser nos frontières extérieures, réduire nos dépendances stratégiques, protéger notre espace informationnel, mais aussi faire entendre la voix de l’Europe partout où se dessinent les règles du monde de demain.
Des enjeux que Bruno Fuchs entend placer au cœur de son nouveau mandat. En juillet, le député alsacien s’est ainsi rendu en Pologne, jusqu’à la frontière avec la Biélorussie, où les questions de sécurité, de maîtrise des frontières extérieures de l’Union et de guerre hybride occupent désormais une place centrale.
Le 22 octobre, c’est à Prague qu’il réunira les présidents des Commissions des Affaires étrangères des Parlements de l’Union européenne. Au menu des échanges : la guerre hybride et la désinformation, deux menaces qui illustrent l’élargissement des rapports de force bien au-delà du seul terrain militaire.
Car derrière ces différents fronts se joue, pour Bruno Fuchs, la capacité de l’Europe à rester maîtresse de son destin et à préserver son modèle de société, fondé sur la démocratie, les libertés publiques, l’égalité, la solidarité et le respect du droit international. Une ambition dans laquelle la France, par son histoire et son poids diplomatique, doit selon lui jouer un rôle moteur et entraîner ses partenaires européens.
Mais pour peser davantage en Europe comme dans le monde, encore faut-il s’en donner les moyens.
L’alerte sur les moyens de la diplomatie française
Alors que l’effort consacré à la défense progresse, les moyens dévolus à la diplomatie française connaissent, eux, de nouvelles réductions. Une trajectoire qui inquiète Bruno Fuchs, qui y voit « un contresens dangereux », susceptible d’avoir de lourdes conséquences à moyen terme.
À cette logique du réarmement militaire, le député refuse donc d’opposer celle de l’influence. Il rappelle que la puissance des États ne se mesure pas seulement au nombre de soldats, d’avions ou de chars, mais aussi à leur capacité à être présents, à convaincre, à nouer des alliances et à peser sur les décisions internationales. Ambassades, diplomates, organisations internationales, coopération, audiovisuel extérieur : autant d’instruments qui permettent à la France de défendre ses intérêts et de faire entendre sa voix dans le monde.
Le paradoxe est, pour Bruno Fuchs, d’autant plus préoccupant que les rapports de force ne sont plus seulement militaires. Ils sont aussi diplomatiques, économiques, informationnels et surtout idéologiques.
À mesure que les puissances autoritaires cherchent à étendre leur influence et à imposer leurs normes, la France et l’Europe doivent pouvoir défendre les leurs : la démocratie, les libertés publiques, l’égalité, la solidarité et la primauté du droit international.
D’où cette conviction : on ne peut pas vouloir réarmer la France tout en désarmant sa diplomatie.
« Ne pas perdre de terrain, en regagner »
C’est dans ce contexte que Bruno Fuchs veut donner davantage de place à la diplomatie parlementaire.
Afrique, Europe, Balkans, Caucase : depuis son arrivée à la présidence de la Commission, le député défend une diplomatie de présence, conçue non comme une diplomatie parallèle, mais comme une force additionnelle et coordonnée avec celle de l’Élysée et du Quai d’Orsay.
Son principe : lorsque les exécutifs sont contraints ou que les relations entre gouvernements se tendent, les parlementaires peuvent continuer à dialoguer, maintenir des liens et occuper un terrain que d’autres puissances ne laissent, elles, jamais vacant.
Ces derniers mois, sa Commission a ainsi développé plusieurs coopérations avec des Parlements africains. Avec le Sénégal, autour des questions de mobilité et d’immigration. Avec la République démocratique du Congo, des parlementaires des deux pays ont travaillé à un projet de coopération économique. Avec le Maroc, des parlementaires franco-marocains contribuent à la réflexion autour du nouveau traité d’amitié entre les deux pays.
Une méthode que Bruno Fuchs résume en quelques mots : « Ne pas perdre de terrain, en regagner. »
À six mois de la présidentielle, il entend donc poursuivre dans cette voie : faire de la Commission des Affaires étrangères non seulement un lieu de contrôle de la politique extérieure du gouvernement, mais aussi une force additionnelle au service de l’influence française.

Réagir à l’article
Soyez le premier à commenter cet article.