Le fabricant jurassien des verres bleutés portés par Emmanuel Macron au Forum économique mondial de Davos a été placé en liquidation judiciaire. Dalloz Creations, installée à Saint-Claude, employait 29 salariés. La société ne fabriquait pas la monture devenue virale, mais les verres solaires qui l’équipaient.
Une paire de lunettes devenue mondiale en quelques heures
Le 20 janvier 2026, Emmanuel Macron apparaît au Forum économique mondial de Davos avec des lunettes de soleil de type aviateur, portées à l’intérieur pendant ses prises de parole. Le président de la République cherche alors à dissimuler une rougeur à l’œil liée à la rupture d’un petit vaisseau sanguin, présentée comme une hémorragie sous-conjonctivale bénigne.
La silhouette du chef de l’État, les verres bleus réfléchissants et son expression anglaise « for sure » déclenchent rapidement une vague de commentaires, de détournements et de vidéos sur les réseaux sociaux. La paire est identifiée comme le modèle Pacific S 01 de la Maison Henry Jullien, proposé au prix de 659 euros.
Dalloz fabriquait les verres, pas la monture
La liquidation concerne Dalloz Creations, et non la Maison Henry Jullien. Henry Jullien est la marque du modèle Pacific S 01 et le fabricant de sa monture métallique argentée. Dalloz Creations réalisait les verres solaires bleutés qui ont contribué à rendre la paire immédiatement reconnaissable.
La fermeture de Dalloz Creations ne signifie donc pas que la marque Henry Jullien disparaît ou que le modèle porté par Emmanuel Macron est lui-même retiré du marché. Elle met fin à l’activité du verrier jurassien qui fournissait cette composante essentielle de la paire.
Le tribunal prononce la liquidation judiciaire
Le tribunal de commerce de Lons-le-Saunier a rendu son jugement le 17 avril 2026. Il a prononcé la résolution du plan de redressement de Dalloz Creations et ouvert une procédure de liquidation judiciaire. La date de cessation des paiements a été fixée au 20 mars 2026. Les 29 salariés de l’entreprise sont concernés par la fermeture et doivent perdre leur emploi. Le fonds de commerce, consacré à la fabrication, à la commercialisation et au développement de verres solaires, a été proposé à la vente.
Une crise engagée bien avant le buzz de Davos
La situation financière de Dalloz Creations était déjà dégradée depuis plusieurs années. L’entreprise avait été placée en redressement judiciaire le 25 janvier 2024, avec une cessation des paiements initialement fixée au 15 décembre 2023. Un plan de redressement d’une durée de dix ans avait été arrêté le 25 juillet 2025, avant d’être finalement résolu moins de neuf mois plus tard. Le chiffre d’affaires de la société est passé de 3,795 millions d’euros en 2023 à 3,584 millions d’euros en 2024, puis à 2,464 millions d’euros en 2025. Cela représente une baisse d’environ 35% en deux ans.
Près de 70 ans de savoir-faire industriel
L’histoire industrielle de Dalloz remonte à 1957, lorsque Christian Dalloz fonde l’entreprise et développe l’utilisation du polycarbonate dans l’optique. La société s’est ensuite spécialisée dans les verres et écrans solaires haut de gamme, notamment pour les secteurs de la mode, du sport, du luxe et de la protection. Installée route de Genève à Saint-Claude, dans le Jura, Dalloz Creations faisait partie d’un bassin historique de la lunetterie française. Son activité reposait sur la fabrication de verres solaires, de traitements miroir, de produits polarisés et photochromiques, ainsi que de solutions destinées à des marques distribuées à l’international.