ÉCONOMIE

Ouganda : une « sororité du café » redonne aux femmes leur place dans la filière

**Ouganda : une « sororité du café » redonne aux femmes leur place dans la filière** À Sironko, dans l’est montagneux de l’Ouganda, Meridah Nandudu a lancé une initiative qui bouleverse les rapports de genre dans la filière café du pays. Son idée : créer une sororité du café où les femmes sont incitées à livrer les récoltes en échange d’un meilleur prix au kilo. Cette stratégie simple a porté ses fruits. De plus en plus d’hommes, traditionnellement chargés de la vente, ont accepté que leurs épouses assurent cette tâche. Aujourd’hui, plus de 600 femmes — contre quelques dizaines en 2022 — font partie du groupe Bayaaya Specialty Coffee fondé par Nandudu. Elles représentent environ 75 % des producteurs enregistrés de l’entreprise, qui vend ses précieuses fèves d’arabica à des exportateurs. L’objectif de la fondatrice est de briser un schéma enraciné : les femmes accomplissent les travaux pénibles de culture et de transformation, tandis que les hommes accaparent les bénéfices de la vente. L’Ouganda figure parmi les deux premiers producteurs de café d’Afrique. Le secteur représente sa première source de revenus à l’export, avec plus de six millions de sacs vendus entre septembre 2023 et août 2024 pour un total de 1,3 milliard de dollars, selon l’Autorité de développement du café ougandais. Dans le district de Sironko, frontalier du Kenya, le café est le pilier économique. Les récoltes coïncident souvent avec une recrudescence des violences conjugales, en raison des tensions liées à la répartition des revenus. Diplômée de sciences sociales en 2015 grâce aux revenus du café de son père, Nandudu a fondé son entreprise en 2018. Elle l’a baptisée « Bayaaya », un mot signifiant « sororité » dans la langue locale Lumasaba. Son modèle : acheter directement aux productrices, leur accorder une prime de 200 shillings par kilo, et proposer une caisse d’épargne communautaire. Un petit bonus est également versé pendant la basse saison, entre février et août. Ce système a changé la dynamique dans de nombreux foyers. Linet Gimono, membre depuis 2022, explique qu’elle peut désormais décider collectivement avec sa famille de l’usage des revenus, tout en achetant elle-même des produits de première nécessité. Juliet Kwaga, une autre adhérente, se réjouit que son mari l’autorise à vendre la récolte, un changement qu’elle juge impensable du temps de ses parents. Dans cette région où de nombreuses familles vivent de petites parcelles, parfois sans jamais avoir goûté au café qu’elles cultivent, une nouvelle génération de femmes redéfinit la relation à cette ressource. Certaines deviennent dégustatrices ou torréfactrices, comme Phoebe Nabutale, responsable qualité chez Darling Coffee à Mbale. Autour d’elle, les femmes sont de plus en plus nombreuses à rêver d’une carrière dans le café. Ouganda : une « sororité du café » redonne aux femmes leur place dans la filière Ouganda : une « sororité du café » redonne aux femmes leur place dans la filière
**Ouganda : une « sororité du café » redonne aux femmes leur place dans la filière** Ouganda : une « sororité du café » redonne aux femmes leur place dans la filière

À Sironko, dans l’est montagneux de l’Ouganda, Meridah Nandudu a lancé une initiative qui bouleverse les rapports de genre dans la filière café du pays. Son idée : créer une sororité du café où les femmes sont incitées à livrer les récoltes en échange d’un meilleur prix au kilo. Cette stratégie simple a porté ses fruits. De plus en plus d’hommes, traditionnellement chargés de la vente, ont accepté que leurs épouses assurent cette tâche.

Aujourd’hui, plus de 600 femmes — contre quelques dizaines en 2022 — font partie du groupe Bayaaya Specialty Coffee fondé par Nandudu. Elles représentent environ 75 % des producteurs enregistrés de l’entreprise, qui vend ses précieuses fèves d’arabica à des exportateurs. L’objectif de la fondatrice est de briser un schéma enraciné : les femmes accomplissent les travaux pénibles de culture et de transformation, tandis que les hommes accaparent les bénéfices de la vente.

L’Ouganda figure parmi les deux premiers producteurs de café d’Afrique. Le secteur représente sa première source de revenus à l’export, avec plus de six millions de sacs vendus entre septembre 2023 et août 2024 pour un total de 1,3 milliard de dollars, selon l’Autorité de développement du café ougandais. Dans le district de Sironko, frontalier du Kenya, le café est le pilier économique. Les récoltes coïncident souvent avec une recrudescence des violences conjugales, en raison des tensions liées à la répartition des revenus.

Diplômée de sciences sociales en 2015 grâce aux revenus du café de son père, Nandudu a fondé son entreprise en 2018. Elle l’a baptisée « Bayaaya », un mot signifiant « sororité » dans la langue locale Lumasaba. Son modèle : acheter directement aux productrices, leur accorder une prime de 200 shillings par kilo, et proposer une caisse d’épargne communautaire. Un petit bonus est également versé pendant la basse saison, entre février et août.

Ce système a changé la dynamique dans de nombreux foyers. Linet Gimono, membre depuis 2022, explique qu’elle peut désormais décider collectivement avec sa famille de l’usage des revenus, tout en achetant elle-même des produits de première nécessité. Juliet Kwaga, une autre adhérente, se réjouit que son mari l’autorise à vendre la récolte, un changement qu’elle juge impensable du temps de ses parents.

Dans cette région où de nombreuses familles vivent de petites parcelles, parfois sans jamais avoir goûté au café qu’elles cultivent, une nouvelle génération de femmes redéfinit la relation à cette ressource. Certaines deviennent dégustatrices ou torréfactrices, comme Phoebe Nabutale, responsable qualité chez Darling Coffee à Mbale. Autour d’elle, les femmes sont de plus en plus nombreuses à rêver d’une carrière dans le café.

Pour Nandudu, qui ambitionne désormais d’exporter ses propres grains, ce changement est une victoire. « Aujourd’hui, il y a davantage de femmes pour qui le café est devenu un vrai métier », conclut-elle.

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