Jamais le groupe laitier n’avait atteint une telle altitude. En 2024, Lactalis a franchi la barre symbolique des 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires, porté par une nette reprise des volumes, notamment dans l’ultra-frais. Malgré une baisse du bénéfice net et un climat commercial international chargé, le leader des camemberts Président et des laits Lactel affiche un calme olympien. La croissance est là : +2,8 %, pour un total de 30,3 milliards d’euros. Les yaourts en tête, grâce à des marques comme Siggi’s, particulièrement prisée aux États-Unis, deuxième marché du groupe. Seul nuage : un bénéfice net en recul de 16 %, à 359 millions d’euros, affaibli par un accord fiscal passé avec l’État français. Un détail, à en croire Emmanuel Besnier, PDG discret d’un empire toujours familial.
Une offensive mondiale malgré les remous
Lactalis fait désormais partie du top 10 mondial de l’agroalimentaire, au coude-à-coude avec les géants Nestlé, PepsiCo ou JBS. L’entreprise continue d’étendre son empreinte, tout en produisant 90 % de ses biens sur place aux États-Unis. De quoi limiter l’effet des taxes, même si les menaces de surtaxes américaines planent toujours. Suspendues jusqu’en juillet par Donald Trump, elles pourraient reprendre de plus belle, touchant certains produits emblématiques comme le Roquefort Société. Le groupe célèbre les 100 ans de l’AOP Roquefort dans l’Aveyron, mais garde un œil vigilant sur la montée des coûts. Le prix du lait, moteur de l’industrie, est attendu en hausse pour 2025.
Serein, mais sur ses gardes
Pas de quoi inquiéter Emmanuel Besnier, qui assure que le modèle tient bon, y compris face aux critiques d’agriculteurs dénonçant un industriel « sans scrupule » lors des récents mouvements paysans. Lactalis avance masqué, mais avance vite. Présent dans plus de 100 pays, multi-marques, ultra-diversifié, le groupe combine prudence financière et puissance commerciale. Son PDG préfère les salles de traite aux plateaux télé, mais son message est clair : le lait coule toujours à flots chez Lactalis, et rien — ni les douanes, ni les polémiques — ne semble pouvoir enrayer la machine.