Le bras de fer entre Canal+ et le gouvernement prend une nouvelle dimension. Invité ce lundi de Marc-Olivier Fogiel sur RTL, Maxime Saada a prévenu que le projet de doublement de la TVA sur la télévision payante aurait des conséquences très lourdes pour les activités françaises du groupe. Le président du directoire évoque un choc pouvant atteindre 200 millions d’euros par an et prévient que Canal+ réduirait notamment ses investissements dans le cinéma.
La mesure figure dans le projet de loi de finances pour 2027. Elle prévoit de faire passer de 10% à 20% le taux de TVA applicable aux abonnements de télévision payante concernés en France métropolitaine. Canal+ avait déjà prévenu ses abonnés qu’une hausse des prix serait répercutée sur leurs factures. Désormais, Maxime Saada détaille les conséquences possibles pour le groupe et pour les secteurs qu’il finance.
« On ne peut pas absorber un choc de 200 millions d’euros en France »
Maxime Saada assure que Canal+ n’a pas les moyens de supporter seul une telle perte. « Canal+ s’adaptera, mais Canal+ en France ne pourra pas absorber un choc de 200 millions d’euros », a-t-il déclaré sur RTL. Le groupe estime que l’impact de la réforme sur son chiffre d’affaires et sa marge opérationnelle pourrait atteindre ce montant chaque année.
Plusieurs leviers sont désormais ouvertement envisagés. Le prix des abonnements pourrait augmenter d’environ 10%, tandis que les effectifs français pourraient également être touchés. Maxime Saada n’écarte même aucune hypothèse concernant l’avenir des activités de Canal+ en France si la réforme entre en vigueur dans les conditions actuellement prévues.
Le cinéma français directement menacé
Le cinéma constitue l’un des principaux postes concernés. Canal+ demeure le premier partenaire privé du cinéma français et européen. L’accord actuellement en vigueur prévoit au minimum 150 millions d’euros d’investissements en 2025, 160 millions en 2026 et 170 millions en 2027. Un nouvel accord conclu durant l’été porte par ailleurs sur 980 millions d’euros sur cinq ans à compter de 2028.
C’est cette capacité de financement que Canal+ menace désormais de revoir si son coût fiscal augmente brutalement. Le groupe avait déjà indiqué que la réforme aurait un impact sur « ses contributions financières à l’écosystème du cinéma et du sport, et plus largement à celui de la création ».
La perspective est particulièrement sensible pour les producteurs. En 2024, les chaînes du groupe avaient participé au financement de plus de 260 films français et européens. Sur 121 films préachetés cette année-là, 45 avaient été financés exclusivement par les chaînes de Canal+.
De 10% à 20% de TVA
Le gouvernement entend supprimer le taux réduit dont bénéficient actuellement les offres de télévision payante concernées. Leur TVA passerait ainsi de 10% à 20% en métropole. Canal+ affirme que le coût maximal pour ses activités atteindrait 200 millions d’euros par an, alors que le gain correspondant pour les finances publiques représenterait, selon le groupe, moins du quart de cette somme.
Maxime Saada conteste frontalement le choix du gouvernement. Il dénonce « une décision politique et absurde » et estime que Canal+ est directement visé. Quelques jours plus tôt, le groupe avait déjà qualifié le projet d’« attaque directe sur les activités de Canal+ en France ».
Abonnements, emplois, cinéma : Canal+ met toutes les conséquences sur la table
Pour les abonnés, la première conséquence serait financière. Canal+ a déjà modifié ses conditions générales afin de prévoir la répercussion d’une éventuelle augmentation de TVA sur les tarifs TTC. Le groupe précise toutefois que les clients concernés disposeraient alors d’une possibilité de résiliation.
Pour le cinéma français, l’enjeu est beaucoup plus large. Canal+ a construit depuis plusieurs décennies une partie de son modèle sur le financement des films en échange d’une position privilégiée dans la chronologie des médias, avec une diffusion possible six mois après leur sortie en salles. Une réduction massive de ses investissements toucherait donc directement le financement de dizaines de productions.
Après avoir déjà durci sa position sur les films qu’il accepte de financer, Canal+ place désormais la question fiscale au cœur de son rapport de force avec le gouvernement. Tant que le projet de loi de finances pour 2027 n’est pas définitivement adopté, le passage de la TVA de 10% à 20% reste toutefois un projet et non une mesure entrée en vigueur.

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