Le groupe SIPA Ouest-France, propriétaire du premier quotidien français en diffusion, prévoit de supprimer 156 postes, dont 116 dans ses rédactions. Une restructuration qui a lieu alors que sa nouvelle chaîne de télévision, Novo19, lancée le 1er septembre 2025 après la disparition de C8 et NRJ12 de la TNT, peine à trouver son public. Entre difficultés financières, audiences décevantes et investissements dans la télévision, le groupe rennais doit désormais faire face à plusieurs défis économiques. Mais rien ne permet, à ce stade, d’attribuer directement les suppressions de postes au lancement de Novo19.
Ouest-France prévoit 156 suppressions de postes pour redresser ses comptes
Le plan de restructuration annoncé le 17 septembre 2026 prévoit la suppression de 116 postes dans les rédactions et de 40 postes dans les autres services. La direction entend principalement procéder par des départs naturels, des départs à la retraite non remplacés et des fins de contrats à durée déterminée. Aucun licenciement n’est prévu à ce stade, et la réorganisation doit s’étaler jusqu’à la fin de l’année 2028.
Les difficultés économiques du groupe sont anciennes. SIPA Ouest-France a enregistré 33,3 millions d’euros de pertes en 2025, contre 17 millions en 2024, malgré un chiffre d’affaires d’environ 525 millions d’euros à périmètre constant. La baisse des ventes de journaux papier, les difficultés du marché publicitaire et les investissements dans de nouvelles activités pèsent sur les comptes.
Novo19 : 10,4 millions d’euros de pertes et des audiences très faibles
Le lancement de Novo19 représente un investissement considérable pour Ouest-France. La chaîne, diffusée sur le canal 19 depuis le 1er septembre 2025, a enregistré une perte nette de 10,4 millions d’euros sur son premier exercice. Son chiffre d’affaires demeure très limité au regard des dépenses nécessaires à la production et à la diffusion de ses programmes.
Avant son lancement, la direction avait envisagé jusqu’à 60 millions d’euros de pertes cumulées sur les trois premières saisons. Le budget annuel annoncé atteignait 50 millions d’euros, dont 30 millions consacrés aux programmes à partir de 2026. L’objectif était de développer progressivement les recettes publicitaires pour parvenir à l’équilibre après environ trois ans et demi d’exploitation.
Mais les audiences compliquent considérablement cette ambition. Dès ses débuts, Novo19 avait enregistré seulement 0,6% de part d’audience. La chaîne a finalement atteint 1% en septembre 2026, sans parvenir à installer durablement ses programmes originaux parmi les rendez-vous les plus regardés de la TNT.
De 2 millions de téléspectateurs sur C8 à quelques milliers sur Novo19
Le contraste avec C8 est spectaculaire. Avant la disparition de la chaîne du groupe Canal+ en février 2025, Touche pas à mon poste, présenté par Cyril Hanouna, réunissait régulièrement près de 2 millions de téléspectateurs. Novo19, qui occupe désormais son ancien canal, peine à réunir une fraction de ce public avec ses propres émissions.
En mars 2026, le talk-show On a du nouveau avait enregistré des quarts d’heure à seulement 3.000 et 5.000 téléspectateurs, soit une part de marché arrondie à 0%. L’émission présentée par Claire Arnoux a depuis perdu sa diffusion quotidienne.
La chaîne mise désormais davantage sur les films, les séries et les magazines, qui obtiennent de meilleurs résultats que ses émissions de plateau. Les nouveaux programmes, notamment Vis ma vie, Vos objets valent de l’or et De bonnes ondes, n’ont toutefois pas encore permis de transformer ses performances d’audience.
Les salariés s’interrogent sur le coût de la chaîne, la direction refuse toute fermeture
La coexistence d’un plan de suppressions de postes et d’investissements importants dans Novo19 provoque des tensions au sein du groupe. Certains salariés s’interrogent sur les moyens consacrés à la télévision alors que les équipes du quotidien doivent réduire leurs dépenses et leurs effectifs.
Un représentant du personnel résume cette contradiction : « On se demande si on a les moyens de se payer une chaîne de télé sur le long terme. Ceux qui nous demandent de faire des économies sont ceux qui ont acté les dépenses de Novo19. »
La direction refuse néanmoins d’envisager une fermeture. Interrogée sur cette possibilité, elle assure : « Cela n’a jamais été envisagé. » Elle reconnaît les difficultés des programmes de plateau, mais met en avant les résultats plus encourageants des films, séries et magazines. De nouvelles émissions sont prévues pour janvier 2027.
Un responsable admet également que Novo19 « n’est pas la chaîne dont on rêvait », tout en estimant qu’elle n’est pas « le vilain canard ».
L’Arcom avait préféré Novo19 et T18 à C8 et NRJ12
Cette situation remet également en lumière la décision prise par l’Arcom en juillet 2024. Le régulateur avait refusé de renouveler les autorisations de diffusion de C8 et NRJ12, préférant les projets présentés par Ouest-France et CMI France, le groupe de Daniel Křetínský. Les nouvelles chaînes Novo19 et T18 ont ainsi rejoint la TNT en 2025.
La disparition de C8 avait été particulièrement controversée, compte tenu de ses audiences et de la popularité de Cyril Hanouna. Le régulateur avait notamment justifié son refus par les manquements répétés de la chaîne à ses obligations, après plusieurs sanctions. La décision ne reposait donc pas sur une comparaison des seules audiences.
Plus d’un an après l’arrivée de Novo19, les difficultés économiques de sa maison mère et les faibles performances de plusieurs de ses programmes alimentent néanmoins les critiques contre ce choix. Les premiers résultats des talk-shows de Novo19 et T18 avaient déjà révélé l’ampleur de leurs difficultés.
Pour Ouest-France, l’équation financière devient délicate. Le groupe doit réduire ses coûts et ses effectifs tout en continuant à financer une chaîne encore très déficitaire. La direction affirme vouloir poursuivre l’aventure télévisuelle, mais les prochaines audiences et les recettes publicitaires seront déterminantes pour l’avenir de Novo19.

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