SOCIÉTÉ Police-Justice

Le « patriarche des morts-vivants » : la famille qui voulait dépouiller les assureurs

Le « patriarche des morts-vivants » : la famille qui voulait dépouiller les assureurs
Le « patriarche des morts-vivants » : la famille qui voulait dépouiller les assureurs

Il avait signé son propre acte de décès, s’était inventé une électrocution au Cameroun et pleurait même sa défunte épouse écrasée par un camion : jeudi dernier, Joseph B., sexagénaire de Fresnes, a pourtant comparu bien vivant dans le box d’Aix-en-Provence. Avec ses enfants, il aurait tenté d’empocher près de 1,4 million d’euros grâce à une pluie de contrats d’assurance souscrits avant ces morts fictives. Les enquêteurs résument la combine : multiplier les polices prévoyance, attendre un « accident foudroyant », puis réclamer la cagnotte quelques jours plus tard. Problème : une facture de 875 000 € a mis la puce à l’oreille d’une compagnie, qui a engagé un détective. Tampons encreurs, faux certificats africains, dates qui ne correspondent pas… toute la supercherie s’écroule et Joseph décroche un surnom qui claque : le « patriarche des morts-vivants ».

Une mécanique bien huilée, mais coûteuse

Pour faire marcher ce scénario, il faut du cash : les primes se paient d’avance et les conditions générales se lisent à la loupe – surtout celles qui doublent le capital en cas d’accident brutal. C’est l’apanage d’une fraude en plein essor : en 2023, l’Agence de lutte contre les fraudes à l’assurance (Alfa) a stoppé 662 millions d’euros d’escroqueries, dont 96 millions pour de faux décès ou invalidités. Le modus operandi se propage par bouche-à-oreille ; les souscripteurs profitent de la présomption de bonne foi inscrite dans le Code des assurances et de formalités réduites à « deux questions au téléphone ». Résultat : certains intermédiaires jouent au conseiller funèbre, d’autres se rêvent déjà « ressuscités » un chèque à la main.

L’Île-de-France, foyer incandescent de la fraude aux miraculés

Selon Maxence Bizen, patron d’Alfa, la région capitale concentre les dossiers les plus sophistiqués, jusque-là freinés par un simple manque de contrôles croisés. L’affaire Joseph B. sert d’avertissement : 200 000 € ont déjà été saisis sur ses comptes, et le procès du 20 mai pourrait faire jurisprudence. Les assureurs, eux, renforcent leurs vérifications post-souscription ; les détectives privés n’ont jamais été aussi sollicités. La famille de Fresnes pensait jouer avec la mort ; elle vient surtout de ranimer la vigilance d’un secteur qui pèse 695 millions d’euros de fraudes en France.

Partager cet article

Votre actualité, selon vos intérêts

Choisissez les rubriques et la langue de votre newsletter. Vous pourrez modifier vos préférences à tout moment.

Application Entrevue

L’info partout avec vous

Retrouvez l’actualité, les alertes et vos rubriques préférées dans une expérience pensée pour le mobile.

Écran Alertes de l’application Entrevue : les dernières alertes info
Écran de personnalisation des rubriques de l’application Entrevue
Écran Actu de l’application Entrevue : le récit à la une