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Amnesty International accuse la Russie de traite d’êtres humains pour recruter des soldats étrangers

Amnesty International accuse la Russie de traite d’êtres humains pour recruter des soldats étrangers
Amnesty International accuse la Russie de traite d’êtres humains pour recruter des soldats étrangers

Dans un rapport publié le 10 septembre, Amnesty International documente le recrutement forcé de ressortissants étrangers par l’armée russe, qualifiant ces pratiques de crime de traite des êtres humains au regard du protocole de Palerme de l’ONU.

Tromperie, confiscation de passeports, fausses promesses d’emplois civils : le rapport d’Amnesty International dresse un tableau accablant des méthodes employées par Moscou pour enrôler des étrangers dans ses rangs. L’organisation affirme que le degré d’exploitation et de contrainte mis au jour au cours de son enquête caractérise, dans de nombreux cas, un crime de traite des êtres humains.

L’enquête a été déclenchée par des entretiens menés dans des camps de prisonniers de guerre détenus par l’Ukraine, où presque tous les ressortissants de pays tiers ont dénoncé des abus lors de leur recrutement. Depuis octobre 2024, des représentants d’Amnesty se sont rendus à plusieurs reprises dans ces camps, avec l’autorisation des autorités ukrainiennes. Ils ont recueilli des témoignages de ressortissants du Brésil, de Colombie, de Cuba, d’Égypte, de Sierra Leone, du Sri Lanka, de Somalie et d’Afrique du Sud.

Les chiffres donnent la mesure du phénomène : en avril 2026, le quartier général de coordination ukrainien pour le traitement des prisonniers de guerre avait identifié 28 391 ressortissants étrangers originaires de 136 pays ayant combattu au sein des forces armées russes. Ce décompte exclut les troupes régulières nord-coréennes déployées à la fin de 2024.

Les schémas de recrutement décrits dans le rapport sont variés. Hors de Russie, le procédé le plus courant consiste à proposer de faux emplois civils dans la logistique, les entrepôts ou le bâtiment, avec un salaire annoncé d’environ 2 000 dollars par mois. D’autres recruteurs promettent une aide pour entrer légalement dans l’Union européenne, présentant la Russie comme pays de transit, avant de confisquer les documents des personnes arrivées sur place. La barrière de la langue est également exploitée : des candidats croient signer un contrat de travail à l’arrière et se retrouvent liés au ministère russe de la Défense.

Pour les migrants déjà présents sur le territoire russe, les méthodes sont plus coercitives. Les autorités ciblent les travailleurs en situation irrégulière ou les réfugiés, leur proposant un choix brutal : l’expulsion immédiate, synonyme de pauvreté ou de persécutions au retour, ou la signature d’un contrat militaire. Des réseaux criminels de traite préexistants servent d’intermédiaires.

L’affaire du coureur kényan Evans Kibet illustre ces dérives. Venu en Russie pour une compétition sportive, il affirme avoir été trompé pour signer un contrat avec le ministère de la Défense. Ses documents et son téléphone lui ont été confisqués avant qu’il ne soit envoyé dans un camp d’entraînement puis sur la ligne de front dans la région de Kharkiv, où il s’est rendu aux forces ukrainiennes en juillet 2025.

Derrière ces recrutements, Amnesty pointe un calcul politique : en faisant porter les pertes humaines sur des étrangers, le Kremlin limite les tensions sociales internes et retarde une nouvelle vague de mobilisation générale.

Plusieurs États ont officiellement protesté. L’Inde, le Népal, le Sri Lanka, le Kenya, le Ghana, la Jordanie, l’Afrique du Sud et le Botswana ont adressé des notes diplomatiques à Moscou et demandé le rapatriement de leurs ressortissants. En mars 2026, le ministre kényan des Affaires étrangères Musalia Mudavadi s’est rendu en urgence à Moscou. À l’issue de ses entretiens avec Sergueï Lavrov, la Russie a promis de cesser de recruter des Kényans et d’organiser le retrait de ceux encore en vie de la zone de combat, ainsi que le rapatriement des corps des personnes tuées.

À la veille du sommet des Brics à New Delhi, prévu les 12 et 13 septembre, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a déclaré que la Russie entendait renvoyer les citoyens indiens présents dans ses rangs « dès que leur identité sera établie ». Le 12 mars 2026, le Parlement européen avait adopté à une large majorité une résolution assimilant officiellement ces pratiques à de la traite des êtres humains.

Amnesty International avait adressé une demande d’informations aux autorités russes, restée sans réponse. En mai 2025, Moscou avait qualifié l’organisation d’« organisation indésirable », rendant ses activités sur le territoire russe passibles de poursuites pénales. L’organisation exige que ces pratiques « cessent immédiatement et que les responsables soient traduits en justice ».

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