Bernard-Henri Lévy a raconté un épisode méconnu et très personnel de la campagne présidentielle de 2007 de Ségolène Royal. Interviewé notamment par Brut à l’occasion de la sortie de Mémoires provisoires, le philosophe revient sur une nuit durant laquelle la candidate socialiste, à la veille d’un discours important, l’avait appelé à l’aide pour retravailler son texte. Une histoire que BHL présente aujourd’hui comme le symbole de la solitude dans laquelle Ségolène Royal s’était, selon lui, retrouvée au cœur de sa campagne.
« J’ai besoin de vous voir ce soir »
Bernard-Henri Lévy raconte d’abord avoir reçu un message l’invitant à rappeler d’urgence Ségolène Royal. Lorsqu’il la joint, celle-ci lui demande immédiatement de la rencontrer : « Vous m’aviez dit que si j’avais besoin, je pouvais compter sur vous. C’est le cas. On peut se voir ? », lui a-t-elle lancé.
BHL lui propose le lendemain. Réponse de la candidate : « Ce soir. J’ai besoin de vous voir ce soir. » Le philosophe raconte alors se trouver au Crazy Horse avec son épouse et hésiter à le lui dire. Ségolène Royal insiste. Les deux conviennent finalement d’un rendez-vous discret dans un hôtel parisien.
BHL accepte de retravailler son discours dans la nuit
Selon Bernard-Henri Lévy, Ségolène Royal se trouve alors à la veille d’un discours important de sa campagne. Il affirme que plusieurs responsables lui ont transmis de nombreuses notes, sans qu’un véritable travail de mise en forme ait été réalisé. BHL décide de l’aider : « Je ne trouvais pas justes les sarcasmes dont elle était l’objet, je trouvais qu’elle avait une vraie chance, je pensais qu’il fallait qu’elle vainque, qu’il fallait que Sarkozy soit battu. »
Il raconte avoir passé la nuit à reprendre le texte. Ne pouvant matériellement lire l’ensemble des centaines de pages de documents disponibles, il demande simplement qu’une assistante lui transmette par fax des séries de quelques pages, qu’il retravaillera au fur et à mesure. Ségolène Royal accepte.
Des fax envoyés jusqu’à 4 heures du matin
La nuit commence alors. BHL reçoit un premier ensemble de documents, le réécrit, puis un deuxième et ainsi de suite. Vers 4 heures du matin, après plusieurs heures de travail, il attend encore une dernière partie consacrée notamment à la politique internationale. Mais lorsqu’il revient après être allé se préparer un café, le fax reçu est inutilisable : des pages blanches lui ont été envoyées. Il tente de prévenir la personne qu’il croit être l’assistante de Ségolène Royal. Personne ne répond. Bernard-Henri Lévy décide alors d’écrire lui-même cette dernière partie du discours : « J’écris de chic le septième morceau à ma manière, ce qui m’arrange, c’est le seul sujet que je connais vraiment un petit peu. »
« Il n’y avait pas d’assistante. L’assistante, c’était moi »
Le lendemain, Ségolène Royal l’appelle pour le remercier. BHL lui explique alors qu’elle devrait tout de même faire une remarque à son assistante, responsable selon lui de l’erreur survenue avec le fax au beau milieu de la nuit. La réponse de l’ancienne candidate à l’Élysée le marque encore près de vingt ans plus tard : « Il n’y avait pas d’assistante. L’assistante, c’était moi. »
Bernard-Henri Lévy comprend alors que Ségolène Royal avait elle-même sélectionné les documents, préparé les différents ensembles de pages et envoyé les fax pendant une partie de la nuit, tout en étant candidate à la présidence de la République.
« C’est vous dire la solitude où l’avait laissée la plus grande part de ses camarades »
C’est ce détail qui donne au témoignage une autre dimension. Pour BHL, cette nuit raconte avant tout l’isolement de Ségolène Royal au sein même de son camp durant la présidentielle de 2007 : « Cette femme qui concourait à la magistrature suprême, qui a failli être présidente de la République, ce soir-là, elle n’avait même pas une assistante pour envoyer les pâtés au malheureux ghostwriter qui était au bout de la ligne. » Puis il conclut : « C’est vous dire la solitude où l’avait laissée la plus grande part de ses camarades. »
Une confidence qui résonne différemment aujourd’hui alors que Ségolène Royal s’est de nouveau engagée dans la bataille présidentielle et défend sa candidature en vue de 2027.
BHL, lui, garde de cette nuit de 2007 l’image d’une candidate capable de travailler jusqu’au milieu de la nuit, presque seule, quelques semaines avant de disputer le second tour de l’élection présidentielle face à Nicolas Sarkozy.

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