Le premier ministre britannique Andy Burnham prépare une réforme majeure du financement des territoires anglais. Pour la première fois, les maires des grandes régions urbaines pourront conserver une partie de l’impôt sur le revenu collecté auprès de leurs habitants. L’objectif affiché est de transférer durablement des moyens financiers de Westminster vers les responsables locaux.
Les taux payés par les contribuables ne seront pas modifiés. Une fraction des recettes actuellement versées au Trésor britannique sera directement attribuée aux autorités régionales, qui pourront l’utiliser pour financer les transports, le logement, la formation professionnelle ou le développement économique. Le pourcentage exact sera dévoilé par le chancelier de l’Échiquier, John Healey, lors du budget d’automne. Le gouvernement prévoit également de laisser aux territoires une plus grande part des taxes prélevées sur les entreprises. Cette évolution devrait commencer en avril 2027, tandis que le partage de l’impôt sur le revenu entrerait en vigueur en avril 2028. Les subventions distribuées par l’administration centrale seraient progressivement remplacées par ces ressources fiscales locales.
Le risque d’une nouvelle fracture entre les territoires
Les zones ne disposant pas d’un maire élu pourraient également profiter du dispositif par l’intermédiaire d’« autorités stratégiques », réunissant plusieurs collectivités locales. Le gouvernement souhaite couvrir progressivement toute l’Angleterre sans imposer l’élection d’un maire aux territoires qui n’en veulent pas. Ces structures pourraient aussi instaurer une taxe sur les nuitées touristiques. Cette réforme répond à une particularité britannique. Selon l’OCDE, seulement 5,8 % des recettes fiscales nationales sont actuellement collectées à l’échelon local au Royaume-Uni, contre 20,4 % en France, 36 % au Japon et 45,7 % aux États-Unis. Ancien maire du Grand Manchester, Andy Burnham avait régulièrement dénoncé la dépendance des collectivités aux subventions décidées par Whitehall.
Le mécanisme pourrait néanmoins favoriser les régions les plus dynamiques, où les revenus et l’activité économique génèrent davantage de recettes fiscales. Le gouvernement promet donc un système de péréquation afin de soutenir les territoires moins favorisés. Les conservateurs et les libéraux-démocrates redoutent malgré tout une « loterie des codes postaux », certaines collectivités pouvant disposer de moyens bien supérieurs à d’autres. Pour Andy Burnham, l’enjeu consiste à récompenser les territoires capables de développer leur économie tout en donnant aux élus locaux une visibilité financière à long terme. Mais l’équilibre de la réforme dépendra entièrement des détails encore inconnus : la part des impôts transférée, le maintien éventuel des aides nationales et les garanties accordées aux régions les plus pauvres. Sans mécanisme correcteur suffisamment puissant, la décentralisation promise pourrait aussi accentuer les écarts qu’elle prétend combattre.
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