France Télévisions a retiré de sa plateforme le replay de La Grande Librairie diffusée mercredi 9 septembre sur France 5. Invitée d’Augustin Trapenard pour présenter son premier livre, Viser juste, Adèle Haenel avait profité de la carte blanche de fin d’émission pour évoquer les violences sexuelles avant de prendre position sur la guerre à Gaza. Face caméra, elle avait notamment accusé l’État d’Israël de commettre un génocide et appelé à « sanctionner Israël » et à « libérer la Palestine ». Le groupe audiovisuel public explique avoir pris cette décision en raison de l’absence de contradiction au cours de cette prise de parole.
Une carte blanche en direct sur France 5
Adèle Haenel était l’une des invitées de La Grande Librairie, présentée par Augustin Trapenard. L’émission du 9 septembre accueillait également Philippe Jaenada, Ananda Devi et Lilia Hassaine, ainsi que Virginie Despentes, Tania de Montaigne, Laurent Binet, Philippe Claudel et Hervé Le Tellier.
Venue présenter Viser juste, Adèle Haenel a bénéficié en fin d’émission de « Droit dans les yeux », la carte blanche traditionnellement proposée à un invité. Augustin Trapenard l’a présentée comme une parole personnelle et libre.
L’ancienne actrice a d’abord consacré son texte à la difficulté de prendre la parole après des violences sexuelles. Elle a ensuite établi un parallèle avec ce qu’elle considère comme un silence entourant la situation des Palestiniens : « L’État d’Israël commet un génocide en Palestine. Et la France est complice. N’acceptez pas l’inacceptable. Alors sanctionnez Israël et libérez la Palestine. » Cette prise de parole a été diffusée en direct sur France 5 avant de circuler très rapidement sur les réseaux sociaux.
France Télévisions supprime le replay
Quelques heures plus tard, le replay de l’émission du 9 septembre a disparu de France.tv. La vidéo de la carte blanche d’Adèle Haenel est également devenue inaccessible sur la plateforme du groupe public.
France Télévisions a confirmé avoir procédé à cette dépublication après avoir examiné le passage. Le groupe invoque ses obligations en matière de pluralisme et considère que les déclarations d’Adèle Haenel n’ont pas été accompagnées d’une contradiction suffisante.
France Télévisions explique ainsi que la position exprimée par l’autrice n’avait pas pu être « contrebalancée par plusieurs points de vue, ce que notre cahier des charges impose ».
Le groupe précise avoir donc décidé, « à titre conservatoire », de dépublier la vidéo. La décision concerne ainsi une émission qui avait pourtant été diffusée intégralement et en direct à l’antenne.
Adèle Haenel dénonce la décision de France Télévisions
Adèle Haenel a réagi après la disparition du programme. Dans une vidéo publiée sur Instagram, elle a expliqué qu’elle s’attendait à voir sa carte blanche disparaître de la plateforme et avait pris ses dispositions pour conserver un enregistrement.
« On se doutait que France 5 allait supprimer l’extrait, mais ils ne se sont pas arrêtés là, ils ont carrément supprimé toute l’émission », a-t-elle déclaré.
Elle affirme avoir volontairement rapproché deux sujets lors de son intervention : le silence et le déni entourant les violences sexistes et sexuelles et ceux qui entourent, selon elle, la situation à Gaza.
Adèle Haenel considère que la décision de France Télévisions vient précisément conforter la démonstration qu’elle voulait faire à l’antenne : « Ce qui est assez fou, c’est qu’ils font la démonstration parfaite de la pertinence des propos qui consistaient à dire qu’il y a certains mots, certaines réalités, que tout le monde sait et qui ne doivent surtout pas être dites. »
Une suppression qui provoque des réactions politiques
Le retrait du replay a rapidement suscité des réactions. Plusieurs responsables politiques de gauche ont critiqué la décision du groupe public. Le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure a notamment déclaré : « En l’absence de justification, cette suppression est une honte. »
Le sénateur communiste Ian Brossat, le député Aymeric Caron et le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard ont également dénoncé la dépublication. À l’inverse, Muriel Ouaknine-Melki, présidente de l’Organisation juive européenne, qui avait annoncé avoir saisi l’Arcom, s’est félicitée du retrait, considérant que l’absence de contradiction posait problème.
Les prises de position sur la guerre à Gaza et le traitement du conflit israélo-palestinien dans les médias français continuent de susciter de fortes tensions. Ces derniers mois, plusieurs controverses ont déjà concerné l’audiovisuel français et ses obligations éditoriales, tandis que la guerre à Gaza et ses conséquences politiques et diplomatiques restent au cœur de l’actualité.
Le principe même de la carte blanche au cœur de la polémique
L’explication de France Télévisions soulève enfin une question : celle du fonctionnement de « Droit dans les yeux ». Cette partie de La Grande Librairie est précisément conçue comme une carte blanche accordée à une personnalité, qui s’exprime seule face caméra.
Le 9 septembre, Augustin Trapenard avait d’ailleurs rappelé le caractère libre de cet exercice avant de céder sa place à Adèle Haenel. Le problème soulevé après diffusion n’est donc pas la présence d’un débat contradictoire qui aurait été interrompu, mais l’absence de contradiction à l’intérieur d’un format qui repose précisément sur une prise de parole individuelle.
Deux jours après la diffusion en direct, une chose est certaine : les téléspectateurs ne peuvent plus revoir sur France.tv l’émission du 9 septembre dans les conditions habituelles. Mais la prise de parole d’Adèle Haenel, elle, continue de circuler largement sur les réseaux sociaux.
