La crise du logement s’est aggravée en 2024, marquant une année noire pour les personnes en situation de précarité, selon le 30ᵉ rapport de la Fondation pour le logement des défavorisés. Le document, publié ce lundi, met en lumière une hausse alarmante du nombre de sans-abri, des expulsions record et des politiques publiques jugées largement insuffisantes.
En 2024, 350 000 personnes étaient sans domicile, un chiffre en hausse de 145 % depuis 12 ans. Par ailleurs, 4,2 millions de personnes sont mal logées, vivant sans logement fixe ou dans des conditions indignes. Chaque nuit, entre 5 000 et 8 000 personnes, dont 1 000 à 3 000 enfants, sont contraintes de dormir dehors, faute de places disponibles dans les hébergements d’urgence. En parallèle, plus de 100 000 personnes ont été expulsées de lieux de vie informels tels que des squats ou des bidonvilles, un record inquiétant qui témoigne de la montée en puissance des expulsions.
Le rapport dénonce l’inaction et l’attentisme du gouvernement, estimant que 2024 a été une « année presque blanche » en termes de politique publique. Selon Christophe Robert, délégué général de la Fondation, les sept mois sans un ministre du logement actif ont contribué à paralyser les décisions importantes. Les principales mesures prises, telles que l’extension du prêt à taux zéro et la défiscalisation des donations familiales, sont jugées insuffisantes et peu adaptées à l’ampleur de la crise.
Cette situation se traduit également par une demande accrue de logements sociaux : 2,8 millions de ménages étaient en attente d’un logement à la fin de l’année 2024, tandis que l’offre de logements disponibles diminue de façon continue. Ce déséquilibre exacerbe la précarisation des populations les plus vulnérables et accentue les inégalités.
Pour répondre à cette crise, la Fondation appelle à une refonte profonde des politiques publiques, en redonnant des moyens aux organismes HLM pour relancer la construction de logements sociaux. L’encadrement des loyers devrait également être généralisé pour limiter la flambée des prix. Le rapport souligne par ailleurs les difficultés spécifiques rencontrées par les personnes en situation de handicap ou de perte d’autonomie, qui, vingt ans après la loi de 2005, continuent de faire face à des discriminations dans l’accès au logement.
Le nombre record de 735 décès de personnes vivant dans la rue en 2024 illustre la gravité de la situation. La Fondation enjoint les pouvoirs publics à prendre des mesures immédiates et ambitieuses pour enrayer cette spirale de la précarité. Sans un changement de cap radical, la crise du logement continuera d’aggraver les fractures sociales en France.