Elles promettent de devenir riche grâce au commerce en ligne, de vivre de l’intelligence artificielle, de gagner des milliers d’euros sur les réseaux sociaux ou de se reconvertir en quelques semaines. Ces formations apparaissent dans les publicités YouTube, les vidéos TikTok, les messages privés et les courriels non sollicités. Leur discours suit souvent la même mécanique : le formateur raconte avoir quitté une vie ordinaire, exhibe les résultats supposés de ses élèves, puis présente sa méthode comme une occasion exceptionnelle. La formation n’est plus vendue comme un apprentissage, mais comme un raccourci vers la liberté financière.
Toutes les formations en ligne ne sont évidemment pas frauduleuses. Certaines permettent d’acquérir de véritables compétences et de préparer une certification reconnue. Mais le marché attire aussi des vendeurs dont le principal talent réside dans la publicité. Les sommes en jeu sont considérables : 1,39 million de dossiers ont été validés sur Mon Compte Formation en 2024, représentant 2,46 milliards d’euros d’achats. Depuis novembre 2019, plus de 12 milliards d’euros ont été consacrés à ces formations, selon les données de la Caisse des dépôts. Cette masse d’argent public et privé constitue une cible idéale pour les démarcheurs agressifs.
Des techniques de vente conçues pour empêcher la réflexion
Le tunnel commercial commence généralement par une vidéo gratuite, un guide à télécharger ou une conférence présentée comme exceptionnelle. Le prospect doit ensuite laisser son adresse électronique et son numéro de téléphone. Les relances se multiplient, accompagnées de comptes à rebours, de réductions limitées et de témoignages spectaculaires impossibles à vérifier. Certains vendeurs affirment qu’il ne reste que quelques places alors que leur formation repose sur des vidéos préenregistrées accessibles sans limite. D’autres transforment l’hésitation du client en faiblesse personnelle : s’il refuse de payer, ce serait parce qu’il ne croit pas suffisamment en lui ou n’est pas prêt à réussir.
Les contrôles officiels montrent que les dérives ne relèvent pas de quelques cas isolés. Lors d’une enquête portant sur 165 professionnels du coaching et organismes de formation, la DGCCRF avait relevé au moins une anomalie chez près de 80 % des structures contrôlées. Environ 20 % utilisaient des pratiques commerciales susceptibles de tromper les consommateurs, notamment sur les diplômes détenus, les qualifications ou les résultats attendus. Dans le secteur plus large de l’influence commerciale, plus de 300 créateurs de contenu ont été contrôlés en 2022 et 2023 et près de la moitié présentaient une anomalie. La principale infraction concernait l’absence d’indication claire du caractère publicitaire des publications, selon la DGCCRF.
Les spams liés au CPF sont désormais interdits
Depuis 2022, le démarchage commercial concernant le compte personnel de formation est interdit en France. Un organisme n’a donc pas le droit d’envoyer un SMS, un courriel, un message sur les réseaux sociaux ou de téléphoner pour pousser une personne à utiliser ses droits. Il est également interdit de proposer un cadeau, du matériel informatique ou une somme d’argent en échange d’une inscription. Le site officiel Mon Compte Formation rappelle que l’administration, la Caisse des dépôts et La Poste ne contactent jamais les usagers pour acheter une formation ou créer leur identité numérique. Un message non sollicité évoquant un « solde CPF à utiliser rapidement » doit donc être considéré comme une alerte majeure.
Même la certification Qualiopi ne doit pas être interprétée comme une garantie absolue sur la valeur pédagogique d’un cours. Le ministère du Travail précise qu’elle atteste avant tout de la qualité du processus mis en œuvre par le prestataire et qu’elle permet l’accès aux financements publics. Elle ne garantit ni l’obtention d’un emploi, ni le niveau réel du formateur, ni les revenus annoncés dans une publicité. Une enquête de la Dares montre d’ailleurs que plus de 60 % des organismes engagés dans Qualiopi considéraient l’éligibilité aux fonds publics comme leur objectif principal. Depuis avril 2024, l’État tente de limiter les organismes « coquilles vides », le portage de certification et la sous-traitance en cascade.
Une réglementation renforcée, mais toujours en retard sur le marketing
Depuis avril 2026, les influenceurs faisant la promotion d’une formation financée par des fonds publics doivent préciser clairement l’origine publique du financement, les conditions d’éligibilité et les engagements imposés au stagiaire. Dans une vidéo ou une image publicitaire, ces informations doivent rester visibles pendant au moins 90 % de la diffusion. La répression progresse également : 237 organismes ont été déréférencés pour fraude en 2025 et, depuis 2019, 135 plaintes pénales ont été déposées contre 214 organismes, selon un rapport du Sénat. Ces chiffres révèlent l’ampleur du travail de contrôle, mais aussi la capacité du secteur à recréer rapidement de nouvelles structures et de nouvelles campagnes.
Avant tout achat, il faut vérifier l’identité juridique du vendeur, son numéro Siret, le programme détaillé, la durée réelle des cours, les compétences des intervenants, la certification préparée et les conditions de remboursement. Les témoignages diffusés par le formateur ne remplacent jamais des résultats contrôlables. Une promesse de revenus garantis, une pression pour payer immédiatement, un prix barré permanent, un contact non sollicité ou une demande d’identifiants FranceConnect doivent conduire à interrompre la démarche. Le principal danger de cette industrie n’est pas seulement de vendre des vidéos trop chères : il consiste à faire croire que l’échec professionnel résulte d’un manque de volonté chez l’élève, alors que le produit vendu n’a parfois jamais eu la capacité de tenir ses promesses.
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