SOCIÉTÉ

Air France face aux accusations de violences sexuelles : des hôtesses brisent le silence

Avion-dAir-France

Une enquête de la cellule d’investigation de Radio France, publiée ce vendredi, met en lumière les témoignages de plusieurs hôtesses de l’air d’Air France dénonçant des violences sexistes et sexuelles au sein de la compagnie. Alors que certaines salariées affirment avoir signalé ces faits sans obtenir de réponse satisfaisante, le ministre des Transports, Philippe Tabarot, a exigé des explications de la direction.

Les récits de ces femmes dressent un constat accablant. Mathilde, hôtesse de l’air, raconte avoir subi une agression sexuelle en octobre 2021 lors d’une rotation Paris-Casablanca via Londres. Elle décrit un supérieur hiérarchique insistant, qui l’aurait suivie dans l’avion avant de la plaquer contre les fours et de poser ses mains sur sa poitrine. À destination, l’agression aurait continué, l’homme défaisant le nœud de son peignoir avant de la harceler à nouveau sur le vol retour. « Je ne pouvais ni crier, ni m’enfermer dans les toilettes, je devais continuer à m’occuper des passagers », confie-t-elle.

Juliette, une autre hôtesse, évoque des comportements inappropriés récurrents de la part de supérieurs : gestes déplacés, paroles suggestives et propositions insistantes. Plusieurs victimes ont tenté de signaler ces agissements à la direction, mais leurs témoignages n’auraient pas été pris en compte. Mathilde a porté plainte, tandis que Juliette a été entendue par le pôle qualité de vie au travail, sans qu’aucune mesure ne soit prise.

Le manque de réaction de la compagnie est également dénoncé par des syndicats. Alors que le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) n’a pas signé la charte anti-harcèlement, deux autres organisations, le SNPNC et Alter, ont critiqué l’inaction de la direction face à ces témoignages. Le SNPNC a même mis en place une adresse mail dédiée pour recueillir d’autres témoignages.

Face à ces révélations, le ministre des Transports a annoncé qu’il convoquerait les dirigeants d’Air France lundi. Il affirme prendre « très au sérieux » ces accusations et exige des explications. De son côté, la compagnie aérienne nie toute complaisance envers les agresseurs et assure appliquer une politique de « tolérance zéro », avec des sanctions allant jusqu’au licenciement.

Ces dénonciations ne sont pas nouvelles. En 2020, une enquête de Mediapart avait déjà mis en lumière des faits similaires, évoquant une culture du silence autour des violences sexuelles chez Air France. Le phénomène dépasse d’ailleurs cette compagnie : des témoignages sur les réseaux sociaux montrent que ces comportements sont répandus dans le secteur aérien. Une hôtesse de l’air évoquait en 2019 les remarques sexistes et homophobes qu’elle subissait, tandis qu’une pilote de ligne expliquait en 2022 avoir choisi ce métier pour éviter le harcèlement subi par les hôtesses.

Alors que la parole des victimes continue de se libérer, la question reste ouverte : quelles mesures seront mises en place pour protéger les employées du secteur aérien face à ces violences ?

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