Une étude économique fondée sur les données des Restos du Cœur estime qu’environ 10% de la population française pourrait basculer dans l’extrême pauvreté au cours des dix prochaines années. Le chômage et l’inflation des loyers ressortent comme les principaux facteurs de ce basculement.
Entre 2018 et 2025, 5,5 millions de personnes ont eu recours au moins une fois à l’aide alimentaire des Restos du Cœur. C’est sur cette masse de données, rarement exploitée à cette échelle, que cinq chercheurs en économie basés en Europe et aux États-Unis ont bâti une analyse des dynamiques de l’extrême pauvreté en France, publiée lundi 5 octobre. Leur conclusion principale est préoccupante : un habitant sur dix risque d’être concerné par la précarité alimentaire au cours de la prochaine décennie, un chiffre qui s’explique notamment par le renouvellement constant des personnes accueillies. La majorité d’entre elles quittent le dispositif au bout d’un an, mais 14% y demeurent plus de trois ans.
Le profil des bénéficiaires révèle une population très fragilisée : 90% sont sans emploi, parmi lesquels des étudiants, des personnes handicapées et des retraités. Plus de 40% se trouvent en situation de précarité résidentielle, hébergées chez un tiers, en structure d’urgence ou sans domicile fixe. Les enfants de zéro à neuf ans représentent 25% des personnes accueillies, un chiffre qui illustre la transmission intergénérationnelle des situations de grande pauvreté.
Chômage et loyers, leviers décisifs pour prévenir la bascule
L’étude identifie le taux de chômage et l’inflation des loyers comme les deux principaux facteurs d’entrée dans l’extrême pauvreté. Une hausse de 10% du chômage se traduit ainsi par une augmentation de 13 % du nombre de personnes en précarité alimentaire et de 10% en précarité résidentielle. Les chercheurs en concluent que les politiques publiques ciblant les marchés du travail et du logement constituent les leviers les plus efficaces pour prévenir ces basculements.
La sortie de la précarité obéit, elle, à une logique différente. Les paramètres macroéconomiques n’ont pas d’effet significatif sur les taux de sortie, ce qui signifie qu’une amélioration générale de la conjoncture ne suffit pas à extraire les ménages déjà en grande difficulté. L’étude préconise un « soutien précoce et ciblé » pour ces populations, soulignant que l’extrême pauvreté reste, selon les auteurs, « un angle mort des études économiques » faute de données suffisantes sur les plus précaires.

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