SANTÉ Santé publique

Cancer du sein : pourquoi moins d’une femme sur deux participe encore au dépistage organisé

Cancer du sein : pourquoi moins d’une femme sur deux participe encore au dépistage organisé
Cancer du sein : pourquoi moins d’une femme sur deux participe encore au dépistage organisé

L’Institut national du cancer relance à partir de cette fin septembre sa campagne en faveur du dépistage organisé du cancer du sein, destinée aux femmes âgées de 50 à 74 ans. Tous les deux ans, celles qui ne présentent ni symptôme ni facteur de risque particulier sont invitées à réaliser une mammographie prise en charge à 100 % par l’Assurance maladie. L’enjeu reste majeur : environ 80 % des cancers du sein apparaissent après 50 ans, six cancers sur dix détectés dans le cadre du programme le sont à un stade précoce et, lorsqu’il est diagnostiqué tôt, un cancer du sein guérit dans neuf cas sur dix.

Pourtant, la participation reste loin des objectifs. Sur la période 2024-2025, 4,9 millions de femmes ont réalisé une mammographie dans le cadre du programme, sur une population cible estimée à 10,8 millions. Le taux standardisé atteint ainsi 45,7 %, contre 46,6 % en 2022-2023. Pour la seule année 2025, il remonte à 47,5 %, mais reste inférieur aux 48,5 % enregistrés en 2023. La tendance générale demeure orientée à la baisse depuis le milieu des années 2010, alors que les recommandations européennes visent une participation nettement supérieure.

Le paradoxe d’un dépistage largement accepté mais encore insuffisamment pratiqué

Le décalage est frappant : 95 % des femmes interrogées se déclarent favorables au dépistage organisé, mais moins d’une sur deux y participe effectivement. Plusieurs explications se cumulent. Certaines femmes effectuent une mammographie en dehors du programme national, une pratique estimée autour de 10 % de la population cible. D’autres reportent leur rendez-vous, faute de temps ou parce qu’elles ne ressentent aucun symptôme. Or le principe même du dépistage est justement de rechercher une tumeur avant l’apparition de signes cliniques. Santé publique France relève également des difficultés d’accès à la mammographie dans certains territoires, sur fond de diminution de l’offre en sénologie et de délais parfois longs pour obtenir un rendez-vous.

Le dispositif lui-même a également connu une réorganisation importante depuis janvier 2024. L’Assurance maladie assure désormais directement l’envoi des invitations. Une première relance est déposée six mois plus tard dans le compte ameli si la mammographie n’a pas été réalisée, puis une seconde six mois après. Les femmes dépourvues de compte ameli continuent de recevoir ces rappels par courrier. Santé publique France estime toutefois que le nombre d’invitations expédiées en 2024-2025 semble légèrement inférieur à celui de la période précédente et juge encore nécessaire d’évaluer les effets de cette nouvelle organisation sur la participation.

Des inégalités territoriales et un rôle essentiel des professionnels de santé

La participation varie fortement selon les régions. Entre 2022-2023 et 2024-2025, elle a reculé dans une majorité des régions métropolitaines, tandis qu’elle s’est stabilisée ou améliorée notamment en Normandie, dans les Hauts-de-France, en Nouvelle-Aquitaine, en Auvergne-Rhône-Alpes, en Occitanie et en Corse. Outre-mer, les trajectoires sont elles aussi contrastées, avec une baisse marquée à La Réunion. Ces différences montrent que l’information nationale ne suffit pas : proximité d’un centre de radiologie, disponibilité des professionnels et accompagnement par le médecin traitant, le gynécologue ou la sage-femme peuvent directement influencer le passage à l’acte.

La nouvelle campagne cherche précisément à réduire l’écart entre l’intention et la réalisation effective de l’examen. Son message repose moins sur la peur de la maladie que sur la décision personnelle : prendre rendez-vous aujourd’hui pour augmenter les chances de détecter tôt une éventuelle tumeur. Le programme organisé offre en outre une seconde lecture systématique des mammographies considérées comme normales lors de la première interprétation, ce qui constitue l’une de ses spécificités par rapport à un examen réalisé hors dispositif. Malgré vingt ans d’existence nationale, son principal défi reste donc inchangé : convaincre les millions de femmes éligibles qui ne répondent toujours pas aux invitations de transformer une adhésion de principe au dépistage en rendez-vous effectivement réalisé.

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