À l’hôpital de Niort, la radio est devenue bien plus qu’un simple moyen d’expression. Depuis 2018, « Radio Pinpon » permet à des patients suivis en psychiatrie de prendre le micro, de préparer des chroniques, de lire des textes, d’interviewer des invités ou simplement de parler de ce qu’ils vivent. Installée au cœur du pôle psychiatrique, cette webradio thérapeutique s’est progressivement imposée comme un véritable outil intégré au parcours de soins.
Le projet est né autour de deux infirmiers, Éric Lotterie et Éric Bard, qui avaient imaginé une radio donnant davantage de place à la parole des patients. La première diffusion remonte au 25 septembre 2018. Dès ses débuts, le principe est resté le même : aucune grille rigide, aucune obligation de produire et la possibilité, pour chaque participant, de décider si son émission sera ou non diffusée. L’objectif est d’abord thérapeutique, avant d’être radiophonique.
Un espace pour retrouver une voix
Aujourd’hui, Radio Pinpon est notamment animée par les infirmiers Thomas Gerbaud et Charlotte Hill, tous deux spécialisés en musicothérapie. Ils consacrent une partie de leur temps à accompagner les patients dans le studio, en complément d’autres activités comme la chorale ou la pratique musicale. Une vingtaine de patients participent régulièrement aux émissions, avec des contenus allant des musiques expérimentales aux poèmes, en passant par des discussions sur la maladie, le handicap ou la vie quotidienne.
Cette liberté d’expression constitue le cœur du dispositif. Pour certains patients, prendre le micro permet de retrouver confiance, de travailler la voix, de remettre des mots sur des expériences difficiles ou simplement de se concentrer sur autre chose que la maladie. Le studio agit comme un espace à part dans l’hôpital, où la parole n’est pas uniquement celle du soignant ou du dossier médical. La radio devient alors un moyen de recréer du lien social et de modifier la perception que les patients ont d’eux-mêmes.
Une initiative déjà reconnue au-delà de l’hôpital
Radio Pinpon avait déjà attiré l’attention du monde de la psychiatrie avant le reportage publié cette semaine. En 2019, elle avait remporté le premier Prix des équipes soignantes en psychiatrie, organisé par la revue Santé mentale avec le soutien de la Fondation de France. En 2021, plus de 70 patients avaient déjà participé au projet depuis son lancement, dont une vingtaine de manière régulière.
L’expérience a aussi fait l’objet d’une série documentaire diffusée sur France 2 en janvier 2024 dans « 13h15 le dimanche ». Des réalisateurs avaient suivi pendant près d’un an les patients et l’équipe de Radio Pinpon afin de raconter le fonctionnement de cette initiative. La diffusion avait permis de faire connaître plus largement ce modèle de soin fondé sur la parole, la création et la participation des patients.
Une initiative précieuse dans une psychiatrie sous tension
Le projet prend une résonance particulière dans un contexte de difficultés persistantes pour la psychiatrie publique. Manque de personnel, tensions sur les lits et difficultés de recrutement pèsent sur de nombreux établissements. À Niort, le maintien de Radio Pinpon repose donc aussi sur la volonté de préserver des approches thérapeutiques qui ne se limitent pas aux traitements médicaux classiques.
Huit ans après son lancement, Radio Pinpon continue ainsi de défendre une conception différente du soin psychiatrique. La radio permet aux patients d’être écoutés autrement, mais aussi de parler eux-mêmes de la santé mentale et de contribuer à changer le regard porté sur la psychiatrie. Un projet modeste par ses moyens, mais devenu suffisamment emblématique pour dépasser largement les murs de l’hôpital de Niort.

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