C’est uné véritable bombe ! Dominique Besnehard met lourdement en cause Ségolène Royal. Invité de Florence Belkacem dans Domino, le producteur affirme avoir refusé une demande de l’ancienne présidente de Poitou-Charentes parce qu’il estimait qu’en lui obéissant, il risquait de faire la même chose que les Tibér, autrement dit, commettre un détournement d’argent public. Puis il assure que Ségolène Royal lui a fait payer ce refus en l’écartant et en coupant les subventions régionales de son Festival du film francophone d’Angoulême.
Besnehard ne prononce pas lui-même l’expression « détournement d’argent public ». Mais il le suggère très clairement par sa référence aux Tiberi, dont l’une des affaires concernait précisément une rémunération versée par une collectivité publique et avait donné lieu à des poursuites pour détournement de fonds publics, complicité et recel. Xavière Tiberi n’avait finalement pas été jugée sur le fond en raison d’annulations de procédure.
Une demande de Ségolène Royal que Besnehard refuse catégoriquement
À l’époque, Dominique Besnehard est pourtant tout sauf un adversaire de Ségolène Royal. Il est l’un de ses soutiens les plus enthousiastes pendant la présidentielle de 2007, lui ouvre son carnet d’adresses dans le monde du spectacle et participe activement à sa campagne. Il se présente même alors comme le chef de file de son « fan-club ».
La relation se brise ensuite autour du Festival du film francophone d’Angoulême. Dans Domino, Besnehard explique désormais pourquoi il a, selon lui, refusé d’obéir à Ségolène Royal. La demande qu’elle lui aurait faite lui paraît suffisamment problématique pour qu’il fasse lui-même le parallèle avec les Tiberi.
Le sous-entendu est accablant : Besnehard explique qu’il ne voulait pas se retrouver mêlé à une opération qu’il considérait comme fautive dans l’utilisation d’argent public. Il refuse donc ce que Ségolène Royal lui demande. Et c’est précisément à ce moment-là, affirme-t-il, que leur relation vole en éclats.
« J’ai dit non à quelque chose. Elle l’a mal pris. Elle m’a écarté »
Dominique Besnehard ajoute : « J’ai dit non à quelque chose. Elle l’a mal pris. Elle m’a écarté. Elle s’est un peu vengée sur le festival d’Angoulême. Et donc, j’ai plus de subvention de la région. » Autrement dit, selon lui, son refus d’obéir à Ségolène Royal aurait été suivi d’une sanction qui ne le touchait plus seulement personnellement : le Festival du film francophone d’Angoulême aurait perdu le soutien financier de la région qu’elle présidait.
Une subvention publique de 85 000€ retirée par la région
Les sommes en jeu ne sont pas anecdotiques. En juillet 2008, la commission permanente du conseil régional de Poitou-Charentes avait accordé 85 000€ à l’association du Festival du film francophone d’Angoulême pour sa première édition. Une convention avait ensuite été signée avec la région.
Deux ans plus tard, la situation est radicalement différente. Le 4 juin 2010, Ségolène Royal, en sa qualité de présidente de la région, décide de retirer la subvention de 85 000€ versée pour 2008 et d’en réclamer le remboursement. La région invoque alors des manquements contractuels et administratifs de l’association, arguments qui seront ensuite retenus par la justice administrative.
Besnehard, lui, donne depuis des années une lecture beaucoup plus personnelle de cette rupture financière. En 2016, il accusait déjà Ségolène Royal d’avoir « mis en danger le festival de cinéma francophone d’Angoulême » après l’avoir initialement soutenu, en coupant les subventions.
Besnehard accuse Ségolène Royal d’avoir utilisé les subventions pour lui faire payer son refus
Les nouvelles confidences de Dominique Besnehard donnent surtout une tout autre dimension à ce qu’il racontait jusque-là. Pendant des années, il disait avoir refusé « quelque chose » avant d’être écarté. Dans Domino, il donne désormais une indication sur la nature de ce refus : il compare la faute qu’il pensait devoir commettre aux affaires Tiberi.
Cette référence renvoie notamment à l’affaire du rapport commandé à Xavière Tiberi par le conseil général de l’Essonne. Elle avait été rémunérée 200 000 francs pour ce travail et mise en examen pour recel de détournement de fonds publics, tandis que Jean Tiberi avait été mis en examen pour complicité. Les poursuites les concernant avaient ensuite été annulées pour des raisons de procédure.
Besnehard ne dit donc pas explicitement : « Ségolène Royal m’a demandé de détourner de l’argent public. » Mais c’est bien vers cette idée qu’il oriente son propos lorsqu’il explique pourquoi il a refusé et choisit précisément les Tiberi comme comparaison. Il enchaîne ensuite avec ce qu’il présente comme la conséquence de son refus : Royal l’écarte et, selon ses propres mots, se « venge » sur son festival en coupant les subventions.
Une accusation qu’il répète depuis des années
Sur un point, Dominique Besnehard n’a jamais varié : il attribue à sa rupture avec Ségolène Royal les difficultés financières rencontrées ensuite par son festival. En 2016 déjà, il expliquait avoir dû trouver d’autres sponsors et recevoir l’aide de Bertrand Delanoë après la coupure des subventions régionales.
En 2023 encore, interrogé sur leur brouille, il résumait brutalement l’affaire : « Comme Ségolène, on pouvait pas lui résister, c’est-à-dire que j’ai dit non à quelque chose. Elle l’a mal pris. Elle m’a écarté. » Puis venait cette accusation : « Elle s’est un peu vengée sur le festival d’Angoulême. »
La région avait officiellement une autre explication et la justice administrative a validé le retrait de la subvention de 2008 en raison des manquements constatés dans l’exécution de la convention. Cette décision n’établit en revanche pas que la baisse du soutien politique au festival aurait été motivée par le refus personnel que Besnehard décrit aujourd’hui.
Royal de nouveau candidate, Besnehard remet ce scandale au premier plan
Ces déclarations tombent alors que Ségolène Royal est revenue au cœur de l’actualité politique. L’ancienne candidate à l’Élysée a récemment annoncé avoir obtenu les parrainages nécessaires pour participer à la primaire en vue de la présidentielle de 2027 et multiplie les prises de parole.
Près de 20 ans après avoir fait campagne pour elle, Dominique Besnehard porte donc une accusation particulièrement grave : Ségolène Royal lui aurait demandé de faire quelque chose qu’il jugeait fautif, il aurait refusé en estimant que cela ressemblait à ce qui avait été reproché dans les affaires Tiberi, puis elle l’aurait écarté et se serait, selon ses propres mots, « vengée » en coupant les subventions de son festival. C’est cette succession de faits, telle qu’il la présente, qui donne aujourd’hui une tout autre portée à leur ancienne brouille.
