Le ministre turc des Affaires étrangères a annoncé qu’Ankara était disposée à répondre aux besoins militaires de Riyad, alors que les frappes de missiles et de drones houthis s’intensifient sur le territoire saoudien. Le pacte de défense trilatéral signé avec le Pakistan pourrait connaître sa première mise à l’épreuve.
Le chef de la diplomatie turque, Hakan Fidan, a déclaré samedi que son pays était prêt à fournir une assistance militaire à l’Arabie saoudite, confrontée à une recrudescence des attaques menées par les Houthis du Yémen. « Nous constatons des attaques très sérieuses contre l’intégrité territoriale et la souveraineté de l’Arabie saoudite », a-t-il affirmé sur la chaîne NTV, précisant que Riyad pourrait avoir « certains besoins militaires, notamment sur des questions techniques », et qu’Ankara n’aurait « aucun problème à y répondre ». Le ministre n’a toutefois pas précisé la nature de l’aide envisagée.
Ces déclarations interviennent dans le sillage de la signature, le 31 août dernier à Istanbul, du Pacte de défense de La Mecque, un accord trilatéral réunissant l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan. Calqué sur le principe de défense collective de l’OTAN, ce traité stipule qu’une attaque armée contre l’un de ses membres vaut attaque contre les trois. Un secrétariat permanent doit être établi à Riyad, placé dans un premier temps sous la direction d’un secrétaire général pakistanais.
La situation sur le terrain se dégrade rapidement. Un missile balistique houthi a été intercepté au-dessus de Riyad dans la nuit de vendredi à samedi, tandis que des tentatives de frappes ont visé plusieurs autres villes saoudiennes, dont Bisha, Taïf et Yanbu, selon le porte-parole de la coalition dirigée par Riyad. Les Houthis ont par ailleurs revendiqué une attaque contre les installations de stockage de carburant de l’aéroport international Roi-Khaled, à Riyad, le 19 septembre. Sur le front yéménite, des combats ont eu lieu dans la province de Marib, où les forces pro-gouvernementales affirment avoir repoussé une infiltration houthie.
Le groupe armé, soutenu par l’Iran, a considérablement élargi son emprise stratégique ces dernières semaines, notamment autour du détroit de Bab el-Mandeb, verrou maritime reliant la mer Rouge au golfe d’Aden. Cette position renforce la pression sur les routes d’exportation pétrolière saoudiennes, déjà perturbées par le blocage du détroit d’Ormuz depuis le début du conflit américano-iranien en février dernier.
Du côté pakistanais, les signaux sont volontaristes mais prudents. Le lieutenant-général Ahmed Sharif Chaudhry, porte-parole de l’armée, a déclaré qu’Islamabad se tenait aux côtés de Riyad « diplomatiquement et physiquement », insistant sur ce dernier terme. Le ministre de la Défense Khawaja Asif avait quant à lui indiqué début septembre que toute attaque contre l’Arabie saoudite pourrait activer le pacte. Néanmoins, le ministère des Affaires étrangères pakistanais a précisé la semaine dernière qu’aucune discussion sur une réponse militaire concrète n’était en cours.
Des analystes divergent sur la portée réelle de ces engagements. Nawaf Obaid, chercheur au King’s College de Londres, estime qu’une coalition se constitue autour de la menace houthie et qu’une réponse coordonnée, « massive », impliquant des opérations terrestres, maritimes et aériennes, est en préparation, avec la Turquie comme acteur central et l’Égypte dans un rôle plus limité. Ces affirmations n’ont pu être vérifiées de manière indépendante. Mohamad Elmasry, professeur à l’Institut du Doha, juge pour sa part que les alliés de Riyad, qu’il s’agisse du Pakistan, de la Turquie, de l’Égypte ou des États-Unis, répugnent à s’engager dans une action militaire directe.
Washington adopte une posture ambiguë. Donald Trump a refusé d’autoriser des frappes américaines contre les Houthis, malgré une demande en ce sens du prince héritier Mohammed ben Salmane. Les États-Unis ont néanmoins proposé un soutien en matière de renseignement et d’aide au ciblage. Le département d’État a par ailleurs approuvé jeudi la vente potentielle de 48 chasseurs F-35 à l’Arabie saoudite, pour un montant de 24,3 milliards de dollars, sous réserve de l’aval du Congrès. Environ cent conseillers militaires américains sont déjà présents sur le sol saoudien. Un ancien diplomate américain, William Lawrence, professeur à l’Université américaine, estime que Washington finira par s’impliquer davantage, au regard de ses intérêts économiques et sécuritaires dans la région.

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