MONDE Moyen-Orient

Retrait américain d’Irak : 23 ans de présence militaire s’achèvent sur fond de chaos persistant

Retrait américain d’Irak : 23 ans de présence militaire s’achèvent sur fond de chaos persistant
Retrait américain d’Irak : 23 ans de présence militaire s’achèvent sur fond de chaos persistant

Les États-Unis ont fermé ce mercredi leur dernière grande base militaire en Irak, mettant fin à plus de deux décennies de présence armée dans le pays. Un départ qui laisse le terrain aux milices pro-iraniennes et plonge Bagdad dans une instabilité profonde.

Quelque 1 700 milliards de dollars dépensés, plus de 23 ans de déploiement : le retrait militaire américain d’Irak, officialisé ce mercredi avec la fermeture de la dernière grande base des États-Unis sur le sol irakien, referme un chapitre douloureux de l’histoire contemporaine. Ce que ses détracteurs ont longtemps qualifié de « guerre sans fin » touche formellement à son terme, mais les conditions dans lesquelles Washington tourne la page suscitent autant d’inquiétudes que de soulagement.

Sur le terrain, la situation sécuritaire reste préoccupante. Les milices armées soutenues par Téhéran ont profité du contexte de guerre entre les États-Unis et l’Iran pour intensifier leurs activités : plus de 600 attaques ont visé des installations diplomatiques et militaires américaines en Irak au cours des deux premiers mois de ce conflit. L’ambassade américaine à Bagdad émet désormais environ deux alertes de sécurité par semaine à l’intention de ses ressortissants, dont une grande partie concerne des risques d’enlèvement. Le flux d’armes légères, de drones et de roquettes en provenance d’Iran s’est par ailleurs intensifié au cours de l’été, avec des équipements de plus longue portée désormais engagés dans les hostilités. Des drones tirés depuis le territoire irakien ont récemment frappé l’Arabie saoudite, illustrant la porosité croissante des frontières et la montée en puissance des groupes armés.

Le nouveau Premier ministre irakien, Ali al-Zaidi, avait pourtant annoncé en début d’été un calendrier ambitieux visant à redonner à l’État le monopole des armes. L’idée était de conditionner le désarmement des factions armées au départ des troupes étrangères, désormais effectif. Mais la Résistance islamique en Irak, qui regroupe plusieurs factions pro-iraniennes, n’a pas rendu les armes. Le plan reste lettre morte pour une partie significative des groupes concernés.

Al-Zaidi se retrouve dans une position délicate. Soutenu par Washington et réputé proche de Donald Trump, il ne dispose en réalité que d’une marge de manœuvre très étroite. Le véritable pouvoir se partage entre deux pôles : à Bagdad, le juge Faiq Zaidan, président du Conseil supérieur de la magistrature, qui tient les dossiers sensibles et aurait lui-même favorisé la nomination d’Al-Zaidi ; à Téhéran, les Gardiens de la révolution iraniens, qui continuent d’exercer une influence déterminante sur les groupes armés comme sur la coalition gouvernementale. Le Premier ministre irakien est ainsi condamné à naviguer entre des forces qui le dépassent largement.

L’Irak sort de cette séquence fragilisé, traversé par des tensions que deux décennies de présence américaine n’ont pas résolues et que le retrait précipite désormais au grand jour.

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